Ordre des Frères Mineurs Capucins

Georges de Villefranche, 1893

Source: Google Books

111. D. Que faut-il faire pour bien réciter l’office au chœur?

R. 1º Il faut avoir l’intention de le réciter ; mais l’intention virtuelle suffit, et on l’a par là-même qu’on se rend au chœur pour psalmodier avec les religieux.

2° Il faut psalmodier avec attention. Il y a l’attention matérielle, qui consiste à bien prononcer les paroles ; l’attention littérale, qui s’applique à la signification des mots, et l’attention spirituelle, la plus parfaite des trois, qui s’attache à adorer Dieu, à l’aimer, à lui demander ses grâces.

L’attention matérielle peut être intérieure ou extérieure : intérieure, lorsqu’elle joint au soin de bien prononcer une intention générale d’honorer Dieu ; cela suffit pour bien réciter l’office. Elle est extérieure, quand elle se contente d’éloigner toute occupation extérieure incompatible avec la récitation de l’office. Cette dernière attention suffit, à la rigueur, d’après plusieurs théologiens, pour satisfaire à l’obligation de l’office. Saint Liguori appelle cette opinion assez probable.

3º L’office étant une prière vocale, on doit prononcer chaque syllabe assez haut, afin de s’entendre les uns les autres ; car il est nécessaire que chacun entende les versets, les leçons, capitules et oraisons qu’il ne récite pas lui-même. Il est probable, toutefois, qu’un religieux satisfait à l’obligation du chœur en récitant sa partie tout bas, et en entendant l’autre partie.

On doit, en outre, psalmodier l’office sans confusion, sans précipitation et sans lenteur, distinctement, sans traîner, ni prolonger la voix dans les pauses et à la fin des versets. D’après un usage généralement suivi, on fait toujours une pause nette et franche au milieu des versets, et, quand le verset est trop long, on en fait deux. Ces différentes pauses, bien exécutées, rendent la psalmodie, non seulement plus belle et plus pieuse, mais plus facile.

Aux jours solennels, on fait les pauses un peu plus longues. Il faut aussi observer fidèlement les inclinations et autres cérémonies du chœur ; toutes ces choses, petites en apparence, contribuent beaucoup, quand elles sont faites avec modestie, ensemble et précision, à rendre la récitation de l’office plus solennelle et plus édifiante.

112. D. Les distractions sont-elles des péchés ?

R. Si, de propos délibéré, on se laisse aller aux distractions, sans penser ni à Dieu, ni au sens des paroles, ni aux paroles elles-mêmes, on pèche certainement. Si les distractions volontaires et réfléchies durent pendant une partie notable de l’office, le péché devient mortel, et l’on ne satisfait pas au précepte.

Nous disons « volontaires et réfléchies », car, pour manquer l’office, il ne suffit pas d’être distrait, ni de l’être volontairement ; il faut de plus remarquer qu’on a des distractions incompatibles avec la récitation de l’office divin. Si ces distractions sont involontaires, il n’y a pas de péché ; car, où il n’y a pas de volonté, il ne peut y avoir de faute. Un religieux qui craint Dieu et qui fait son possible pour bien réciter l’office, ne doit point se troubler quand il a des distractions. Le mieux est de continuer paisiblement, sans examiner pourquoi ni comment on a été distrait.

Généralement parlant, il n’est pas bon de répéter l’office : ces sortes de répétitions sont ordinairement inutiles ; et on n’est pas plus content à la seconde fois qu’à la première. « Encore que vous vous trouviez à la fin d’un psaume, dit saint François de Sales, sans être bien assuré si vous l’avez dit, parce que vous avez été distrait sans y penser, ne laissez pas de passer outre, vous humiliant devant Dieu ; car il ne faut pas toujours penser que l’on a eu de la négligence, quand la distraction a été longue. Car il se pourra bien faire qu’elle nous durera le long d’un office, sans qu’il y ait de notre faute ; et, pour mauvaise qu’elle fût, il ne faudrait pas s’en inquiéter, mais en faire de simples rejets de temps en temps devant Dieu. Je voudrais que jamais on se troublât pour les mauvais sentiments que l’on a, mais que l’on s’employât courageusement et fidèlement pour n’y point consentir, puisqu’il y a bien de la différence entre sentir et consentir. »

113. D. L’attention actuelle n’est donc pas nécessaire pendant l’office ?

R. L’attention actuelle n’est pas nécessaire ; il suffit d’avoir l’attention virtuelle, qui prend sa source dans la résolution de réciter pieusement l’office, et qui n’est point rétractée pendant la récitation. La dévotion et le mérite sont les deux fruits de la prière. La dévotion est un mouvement généreux de la volonté et du cœur, que l’attention actuelle peut développer, mais non produire par elle-même ; le mérite vient de l’attention actuelle qu’on a eue en commençant de prier, et qui devient véritable pendant la récitation de l’office. Les distractions involontaires, quand il y a résistance, n’enlèvent rien au mérite ; elles peuvent même l’augmenter ; elles n’enlèvent rien non plus à la dévotion, car elles servent alors comme d’aiguillon pour exciter le zèle et renouveler le souvenir de la présence de Dieu.

114. D. Quel est l’office que l’on doit réciter, et que faut-il faire si on s’aperçoit qu’on s’est trompé d’office?

R. L’office que l’on doit réciter, est celui du jour, tel qu’il est indiqué dans l’Ordo de la province. Substituer, sans motif raisonnable, un office notablement plus court à l’office du jour, serait très probablement une faute grave. Mais la faute ne serait que vénielle si les deux offices étaient égaux, ou à peu près égaux, et si ce changement n’arrivait que rarement, par exemple trois ou quatre fois par an. Il est probable, aussi, que le religieux qui est en voyage peut dire l’office qui se fait dans le couvent où il se trouve.

S’il arrive qu’on dise par inadvertance un office pour un autre, on ne commet pas de péché, et on n’est pas tenu de dire l’office du jour ; car l’Eglise n’est pas censée vouloir aggraver jusqu’à ce point la récitation du bréviaire. Cependant, si l’office qu’on a pris pour un autre était beaucoup plus court, il serait bon de dire une partie de l’office omis, comme à titre de compensation. Celui qui s’aperçoit de son erreur avant d’avoir achevé l’office, doit reprendre l’office du jour à l’endroit où il en est, et le continuer jusqu’à la fin. Toutefois, s’il est notablement avancé, il peut continuer l’office commencé. Celui qui a dit un office pour un autre, qui a dit, par exemple le lundi, l’office du mercredi, doit, suivant les uns, dire le mercredi l’office du lundi, tandis que, selon d’autres, il doit dire l’office du jour. L’un et l’autre sentiment est probable et peut être indifféremment suivi dans la pratique.

115. D. Qu’y a-t-il à remarquer au sujet de la prière Sacrosanctæ, qu’on récite à la fin de l’office ?

R. Léon X a accordé la rémission des fautes commises par fragilité aux personnes qui, étant obligées à la récitation de l’office divin, disent en finissant, avec dévotion et à genoux, la prière Sacrosanctæ, avec un Pater et un Ave. Il suffit de réciter cette prière une seule fois, à la fin de tout l’office, avec l’intention d’obtenir la rémission des fautes commises pendant la récitation de l’office en entier. Mais on peut la dire après chaque partie séparée, par exemple après Matines et Laudes, après les petites heures, et après Complies. C’est l’usage qui est suivi à Rome par les membres des Chapitres, comme à Saint-Pierre et dans les autres églises. D’après une nouvelle décision du 12 mars 1855, la prière Sacrosanctæ doit se réciter à genoux; on ne fait d’exception que pour les malades qui ne peuvent pas la dire à genoux, infirmitatis tantum causa.

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