Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 112

De la nourriture et de l’étoffe qu’il désirait près de sa mort

Alors qu’il se trouvait malade de la dernière maladie dont il mourut, au lieu de Sainte-Marie-des-Anges, il appela un jour ses compagnons et leur dit :

« Vous savez combien dame Jacoba de Sept-Soles m’a été et m’est encore très fidèle et dévouée, à moi et à notre religion ; c’est pourquoi je crois qu’elle recevra une grande grâce et une grande consolation si nous lui faisons connaître mon état. Envoyez-lui surtout ce message : qu’elle m’envoie une étoffe religieuse de couleur cendrée, et avec cette étoffe qu’elle m’envoie aussi cette nourriture qu’elle m’a souvent préparée à Rome. »

Cette nourriture est appelée par les Romains mortariolum, faite d’amandes, de sucre et d’autres ingrédients.

Cette dame était très spirituelle, veuve, et parmi les plus nobles et les plus riches de toute Rome. Par les mérites et la prédication du bienheureux François, elle avait reçu du Seigneur une telle grâce qu’elle semblait toujours, pleine de larmes et de dévotion, à cause de l’amour et de la douceur du Christ, comme une autre Madeleine.

Les frères écrivirent donc la lettre comme le saint l’avait demandé, et l’un d’eux cherchait quelqu’un pour la porter à la dame. Aussitôt, on frappa à la porte du lieu. Lorsqu’un frère ouvrit, voici que dame Jacoba se tenait là, arrivée en toute hâte pour visiter le bienheureux François.

Un des frères, l’ayant reconnue, courut avec grande joie annoncer au bienheureux François que dame Jacoba était venue de Rome avec son fils et beaucoup d’autres pour le visiter, et lui demanda :

« Que ferons-nous, père ? Lui permettrons-nous d’entrer et de venir jusqu’à toi ? »

Il disait cela parce que, par la volonté de saint François, il avait été établi dans ce lieu, par souci de grande bienséance et de dévotion, qu’aucune femme n’y entrerait. Mais François répondit :

« Cette règle ne doit pas être observée pour cette dame, que tant de foi et de dévotion ont poussée à venir ici de si loin. »

Elle entra donc auprès du bienheureux François, répandant de nombreuses larmes devant lui. Et chose admirable ! Elle avait apporté l’étoffe mortuaire, c’est-à-dire de couleur cendrée, pour sa tunique, et avait avec elle tout ce qui était mentionné dans la lettre, comme si elle l’avait déjà reçue.

Elle dit alors aux frères :

« Frères, il m’a été dit en esprit pendant que je priais : “Va visiter ton père, le bienheureux François ; hâte-toi et ne tarde pas, car si tu tardes trop, tu ne le trouveras plus en vie ; porte-lui telle étoffe pour sa tunique et telles choses pour lui préparer telle nourriture ; apporte aussi avec toi une grande quantité de cire pour les luminaires, et de l’encens.” »

Tout cela se trouvait dans la lettre à envoyer, sauf l’encens.

Ainsi, de même que celui qui inspira les rois à venir avec des présents pour honorer son Fils au jour de sa naissance inspira aussi cette noble et sainte dame à venir avec des dons honorer son très cher serviteur aux jours de sa mort — qui furent en vérité les jours de sa naissance véritable.

Elle prépara donc la nourriture que le saint père désirait manger ; mais il en mangea peu, car il défaillait continuellement et la mort approchait.

Elle fit fabriquer de nombreuses cierges qui brûleraient après sa mort devant son très saint corps. De l’étoffe, les frères firent une tunique dans laquelle il fut enseveli. Quant à lui, il ordonna qu’on cousît sur lui un sac, en signe et en exemple d’humilité et de sainte pauvreté. Et dans cette même semaine où dame Jacoba arriva, notre très saint père passa vers le Seigneur.

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