Chapitre 108
Comment, peu avant sa mort, il envoya dire à la bienheureuse Claire qu’elle le verrait, et comment cela s’accomplit après sa mort
Au cours de la semaine où le bienheureux François passa de ce monde, dame Claire, première petite plante des Pauvres Dames de Saint-Damien d’Assise, émule par excellence de saint François dans la conservation de la perfection évangélique, craignant de mourir avant lui — car tous deux étaient alors gravement malades — pleurait très amèrement et ne pouvait être consolée, parce qu’avant sa mort elle pensait ne pas pouvoir voir son unique père après Dieu, le bienheureux François, son consolateur et son maître, et le premier fondateur de son ordre dans la grâce de Dieu.
C’est pourquoi, par l’intermédiaire d’un frère, elle fit savoir cela au bienheureux François. L’ayant appris, le saint, qui l’aimait d’un amour tout paternel, fut ému de compassion pour elle. Mais considérant que ce qu’elle désirait ne pouvait se faire — à savoir le voir de son vivant —, pour sa consolation et celle de toutes les sœurs, il lui écrivit une lettre lui donnant sa bénédiction et l’absolvant de toute défaillance qu’elle aurait pu commettre contre ses avertissements, ainsi que contre les commandements et conseils du Fils de Dieu.
Et afin qu’elle dépose toute tristesse et toute douleur, il dit au frère qu’il avait envoyé :
« Va dire à sœur Claire qu’elle mette de côté toute peine et toute tristesse, car elle ne peut pas me voir maintenant ; mais qu’elle sache en vérité qu’avant sa mort, elle-même et ses sœurs me verront et en recevront une très grande consolation. »
Or il arriva que, peu après, lorsque le bienheureux François eut quitté ce monde durant la nuit, au matin tout le peuple et le clergé de la cité d’Assise vinrent et emportèrent son saint corps du lieu où il était mort, avec des hymnes et des louanges, chacun portant des branches d’arbres ; et ainsi, par la volonté du Seigneur, ils le portèrent jusqu’à Saint-Damien, afin que s’accomplît la parole que le Seigneur avait dite par le bienheureux François pour consoler ses filles et ses servantes.
Après avoir retiré la grille de fer par laquelle elles avaient coutume de communiquer et d’entendre la parole de Dieu, les frères sortirent le saint corps du cercueil et le tinrent dans leurs bras devant la fenêtre pendant un long moment, jusqu’à ce que dame Claire et ses sœurs fussent consolées par sa vue, bien qu’elles fussent remplies et accablées de douleurs et de nombreuses larmes, se voyant privées des consolations et des exhortations d’un si grand père.