Chapitre 105
Des chevaliers de Pérouse qui empêchaient sa prédication
Alors que le bienheureux François prêchait sur la place de Pérouse devant une grande foule, voici que des chevaliers de Pérouse se mirent à courir sur la place à cheval, jouant avec leurs armes, et ils troublaient sa prédication. Bien qu’ils fussent repris par ceux qui étaient présents, ils ne cessaient pas pour autant.
Alors le bienheureux François, se tournant vers eux avec la ferveur de l’esprit, leur dit :
« Écoutez et comprenez ce que le Seigneur vous annonce par moi, son serviteur, et ne dites pas : “Celui-là est un Assisien.” »
Il disait cela à cause de l’ancienne haine qui existait entre les habitants de Pérouse et ceux d’Assise.
Et il leur dit :
« Le Seigneur vous a élevés au-dessus de tous vos voisins ; c’est pourquoi vous devez d’autant plus reconnaître votre Créateur en vous humiliant non seulement devant Dieu, mais aussi devant vos voisins. Mais votre cœur s’est enflé d’orgueil : vous dévastez vos voisins et en tuez beaucoup. C’est pourquoi je vous dis que, si vous ne vous convertissez pas promptement à Dieu en réparant les torts faits à ceux que vous avez offensés, le Seigneur, qui ne laisse rien impuni, vous livrera à une vengeance et à une punition plus grandes encore : il vous fera vous dresser les uns contre les autres, et, par une sédition et une guerre intestine, vous subirez une tribulation telle que vos voisins n’auraient jamais pu vous en infliger une semblable. »
Ainsi le bienheureux François ne taisait jamais les vices du peuple lorsqu’il prêchait, mais il les reprenait tous publiquement et avec courage. Le Seigneur lui avait donné une telle grâce que tous ceux qui le voyaient et l’entendaient, quel que fût leur état ou leur condition, le craignaient et le vénéraient profondément. Et bien qu’ils fussent repris par lui, ils étaient toujours édifiés par ses paroles et se convertissaient au Seigneur ou étaient intérieurement touchés de componction.
Et il arriva, par permission divine, que peu de jours après, un scandale éclata entre les chevaliers et le peuple, au point que le peuple chassa les chevaliers hors de la cité. Ceux-ci, aidés par l’Église qui les soutenait, ravagèrent les champs, les vignes et les arbres du peuple, lui infligeant tous les maux possibles. De son côté, le peuple dévasta tous les biens des chevaliers. Ainsi, selon la parole de saint François, le peuple et les chevaliers furent punis.