Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 104

De la vigne d’un prêtre qui avait été dépouillée de ses raisins à l’occasion du bienheureux François

Près de l’église de Saint-Fabien, proche de Rieti, le bienheureux François demeurait avec un pauvre prêtre à cause de sa maladie des yeux. À ce moment-là, le pape Honorius se trouvait avec toute la cour dans cette ville. C’est pourquoi de nombreux cardinaux et autres grands clercs visitaient presque chaque jour le bienheureux François, par dévotion envers lui.

Cette église possédait une petite vigne près de la maison où séjournait le bienheureux François. Dans cette maison, il y avait une porte par laquelle presque tous ceux qui venaient le visiter entraient dans la vigne, surtout parce que les raisins étaient mûrs et que le lieu était très agréable. Ainsi, à cette occasion, toute la vigne fut presque entièrement dévastée et dépouillée de ses raisins.

Le prêtre s’en scandalisa, disant :

« Bien qu’elle soit petite, cette vigne me donnait assez pour subvenir à mes besoins ; et voilà que je l’ai perdue cette année. »

En entendant cela, le bienheureux François le fit appeler et lui dit :

« Ne te trouble plus, monseigneur, car nous ne pouvons rien faire d’autre maintenant ; mais aie confiance dans le Seigneur, car pour moi, son serviteur, il peut te restituer intégralement ton dommage. Dis-moi : combien de muids de vin avais-tu lorsque ta vigne produisait le plus ? »

Le prêtre répondit :

« Père, treize muids. »

Le bienheureux François lui dit :

« Ne sois plus attristé ; ne dis à personne une parole injurieuse à ce sujet, mais aie foi dans le Seigneur et dans mes paroles. Et si tu as moins de vingt muids de vin, je ferai en sorte que cela te soit donné. »

Dès lors, le prêtre se tut et se calma. Et au temps des vendanges, par une disposition divine, il obtint de cette vigne vingt muids de vin, et non moins. Le prêtre et tous ceux qui l’apprirent furent dans une grande admiration, disant que, même si la vigne avait été pleine de raisins, il aurait été impossible d’obtenir vingt muids de vin.

Nous qui étions avec lui rendons témoignage que, pour ceci comme pour tout ce qu’il disait, sa parole s’est toujours accomplie à la lettre.

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