Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 101

Comment il prédit la paix à faire entre l’évêque et la commune d’Assise par la vertu de la Louange des créatures qu’il fit chanter devant eux

Après que le bienheureux François eut composé les Louanges des créatures, qu’il appelait le Cantique de frère Soleil, il advint qu’une grande discorde s’éleva entre l’évêque et la commune de la ville d’Assise, au point que l’évêque excommunia la commune, et que la commune fit proclamer qu’on ne vendrait ni n’achèterait quoi que ce soit avec l’évêque, ni ne conclurait aucun contrat avec lui.

Le bienheureux François, bien qu’il fût très malade, ayant appris cela, fut profondément ému de compassion pour eux, surtout parce que personne ne se mêlait de rétablir la paix. Il dit à ses compagnons :

« C’est une grande honte pour nous, serviteurs de Dieu, que l’évêque et la commune se haïssent ainsi, et que personne n’intervienne pour leur réconciliation. »

Il ajouta aussitôt un vers aux Louanges susdites à cette occasion, disant :

Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi
Et supportent infirmité et tribulation.
Bienheureux ceux qui persévèrent dans la paix,
Car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés.

Il appela ensuite l’un de ses compagnons et lui dit :

« Va trouver la commune et dis-lui de ma part que, avec les notables de la ville et tous ceux qu’elle pourra amener, elle se rende auprès de l’évêque. »

Puis il dit à deux autres compagnons :

« Allez devant l’évêque, la commune et tous ceux qui sont avec eux, et chantez le Cantique de frère Soleil. J’ai confiance dans le Seigneur : il humiliera aussitôt leurs cœurs, et ils reviendront à leur ancienne affection et amitié. »

Lorsque tous furent réunis sur la place du cloître de l’évêché, les deux frères se levèrent, et l’un d’eux dit :

« Le bienheureux François, dans sa maladie, a composé les Louanges du Seigneur sur ses créatures, pour la louange de Dieu et l’édification du prochain. Il vous demande de les écouter avec grande dévotion. »

Ils commencèrent alors à les réciter et à les chanter.

La commune se leva aussitôt, joignit les mains et les bras, et écouta ces louanges avec une très grande dévotion, comme l’Évangile du Seigneur, et même avec beaucoup de larmes, car elle avait une grande foi et une grande dévotion envers le bienheureux François.

Lorsque les Louanges furent terminées, la commune dit devant tous :

« En vérité, je vous dis que non seulement je pardonnerais à mon seigneur l’évêque, que je veux et dois reconnaître comme mon seigneur, mais même si quelqu’un avait tué mon frère ou mon fils, je lui accorderais le pardon. »

Puis elle se jeta aux pieds de l’évêque en disant :

« Me voici prêt à vous satisfaire en tout, comme il vous plaira, par amour de notre Seigneur Jésus-Christ et de son serviteur le bienheureux François. »

L’évêque, le prenant par les mains, le releva et lui dit :

« Par ma charge, il conviendrait que je sois humble ; et puisque je suis naturellement prompt à la colère, il faut que tu me pardonnes. »

Ils s’embrassèrent alors et s’embrassèrent mutuellement avec grande bonté et charité.

Les frères furent frappés d’étonnement et remplis de joie en voyant s’accomplir à la lettre ce que le bienheureux François avait prédit au sujet de leur réconciliation. Tous les autres assistants attribuèrent cela comme un grand miracle aux mérites du bienheureux François, voyant que le Seigneur les avait visités si soudainement et qu’ils étaient passés d’une si grande discorde et d’un si grand scandale à une telle concorde, sans même rappeler les paroles du passé.

Quant à nous qui avons vécu avec le bienheureux François, nous rendons témoignage que lorsqu’il disait d’une chose : « Il en est ainsi » ou « il en sera ainsi », cela arrivait toujours exactement. Et nous avons vu tant de faits et de si grands prodiges qu’il serait trop long de les écrire ou de les raconter.

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