Chapitre 98
Comment le démon entra dans l’oreiller qu’il avait sous la tête
Alors que le bienheureux François demeurait dans l’ermitage de Greccio pour la prière, dans une cellule située à l’extrémité après la cellule principale, une nuit, pendant son premier sommeil, il appela son compagnon qui reposait près de lui. Celui-ci se leva et se rendit dans l’atrium de la cellule où se trouvait le bienheureux François. Le saint lui dit :
« Frère, je n’ai pu dormir cette nuit ni me tenir debout pour la prière, car ma tête et mes jambes tremblent beaucoup, et il me semble avoir mangé du pain mêlé d’ivraie. »
Comme le compagnon lui adressait des paroles de compassion, le bienheureux François ajouta :
« Pour ma part, je crois que le diable est dans cet oreiller que j’ai sous la tête. »
En effet, depuis qu’il avait quitté le monde, il n’avait jamais voulu se coucher sur de la plume ni avoir un oreiller de plumes ; cependant, contre sa volonté, les frères l’avaient contraint à en utiliser un à cause de sa maladie des yeux.
Il jeta donc l’oreiller à son compagnon. Celui-ci, le prenant de la main droite, le posa sur son épaule gauche ; et lorsqu’il sortit de l’atrium de la cellule, il perdit aussitôt la parole et ne pouvait plus lâcher l’oreiller ni mouvoir ses bras. Il restait debout, immobile, sans pouvoir se déplacer, et sans rien sentir de lui-même. Après être resté ainsi quelque temps, par la grâce de Dieu, le bienheureux François l’appela, et aussitôt il revint à lui, laissant tomber l’oreiller derrière lui.
Revenu auprès du bienheureux François, il lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Le saint père François dit alors :
« Ce soir, lorsque je disais complies, j’ai senti le diable venir à la cellule. Je vois donc combien ce démon est rusé : ne pouvant nuire à mon âme, il veut entraver les nécessités du corps, afin que je ne puisse ni dormir ni me tenir debout pour la prière, et qu’ainsi il empêche la dévotion et la joie de mon cœur, et qu’à travers cela je murmure à cause de ma maladie. »