Chapitre 91
Saint François ne se souciait pas de ses propres infirmités à cause de son amour pour la Passion du Christ
Si grand était l’ardeur de l’amour et de la compassion du bienheureux François pour les douleurs et les souffrances du Christ, qu’il s’affligeait chaque jour extérieurement et intérieurement pour cette Passion, au point de ne pas se soucier de ses propres infirmités. Ainsi, bien qu’il eût souffert pendant longtemps, jusqu’au jour de sa mort, de maladies de l’estomac, du foie et de la rate, et que, depuis son retour d’outre-mer, il eût continuellement de très vives douleurs aux yeux, il ne voulut jamais s’en inquiéter ni chercher à se faire soigner.
Voyant cela, le seigneur d’Ostie, considérant qu’il avait toujours été austère envers son corps, et surtout que la lumière de ses yeux commençait déjà à s’éteindre, et qu’il refusait de se faire soigner, l’admonesta avec une grande piété et compassion, en lui disant :
« Frère, tu n’agis pas bien en refusant de te faire soigner, puisque ta vie et ta santé sont très utiles aux frères, aux séculiers et à toute l’Église. Car si tu compatissais aux infirmités de tes frères et si tu as toujours été pour eux plein de bonté et de miséricorde, dans une si grande nécessité tu ne dois pas être cruel envers toi-même. C’est pourquoi je t’ordonne de te faire soigner et d’accepter de l’aide. »
Car ce très saint père considérait toujours comme doux ce qui était amer, parce qu’il puisait continuellement une immense douceur dans l’humilité et dans les traces du Fils de Dieu.