Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 85

Comment Saint François leur décrivit le frère parfait

Le très bienheureux Père, transformé en quelque sorte en ses saints frères par l’ardeur de son amour et le feu du zèle qu’il portait à leur perfection, réfléchissait souvent en lui-même aux conditions et aux vertus dont devait être orné un bon Frère Mineur.

Et il disait qu’était bon Frère Mineur celui qui possédait la vie et les qualités de ces saints frères :

  1. la foi du frère Bernard, qu’il avait possédée de la manière la plus parfaite, avec l’amour de la pauvreté ;

  2. la simplicité et la pureté du frère Léon, qui fut vraiment d’une très sainte chasteté ;

  3. la courtoisie du frère Ange, premier chevalier entré dans l’Ordre, orné de toute courtoisie et de toute bonté ;

  4. le visage gracieux et le sens naturel, avec une belle et dévote éloquence, du frère Massée ;

  5. l’esprit élevé dans la contemplation que le frère Gilles posséda jusqu’à la suprême perfection ;

  6. l’action vertueuse et continuelle de saint Rufin, qui priait sans interruption, de sorte que, même en dormant ou en travaillant, son esprit demeurait toujours avec le Seigneur ;

  7. la patience du frère Juniper, qui parvint à l’état de parfaite patience grâce au renoncement total à sa propre volonté qu’il gardait constamment devant les yeux, et à son désir suprême d’imiter le Christ par la voie de la croix ;

  8. la force corporelle et spirituelle du frère Jean des Louanges, qui en ce temps-là surpassait tous les hommes par la vigueur de son corps ;

  9. la charité du frère Roger, dont toute la vie et la conduite étaient dans l’ardeur de la charité ;

  10. et enfin la sollicitude du frère Lucide, qui était d’une vigilance extrême et ne voulait presque jamais demeurer un mois en un même lieu, mais, dès qu’il lui plaisait d’y rester, s’en retirait aussitôt en disant : « Nous n’avons pas ici de demeure permanente, mais au ciel. »

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