Chapitre 66
Comment il enseigna à certains frères à gagner les âmes de brigands par l’humilité et la charité
Dans un certain ermitage de frères situé au-dessus du Bourg du Saint-Sépulcre, des brigands venaient parfois demander du pain ; ils se cachaient dans les forêts et dépouillaient les passants. Certains frères disaient qu’il n’était pas bon de leur donner l’aumône, tandis que d’autres, mus par la compassion, leur donnaient afin de les amener à la pénitence.
Or le bienheureux François vint en ce lieu, et les frères lui demandèrent s’il était bon de leur donner l’aumône. Le bienheureux François leur répondit :
« Si vous faites comme je vous le dirai, j’ai confiance dans le Seigneur que vous gagnerez leurs âmes. Allez donc vous procurer du bon pain et du bon vin, portez-les dans la forêt où ils demeurent et criez en disant : “Frères brigands, venez à nous, car nous sommes frères et nous vous apportons du bon pain et du bon vin !” »
Ils viendront aussitôt. Vous étendrez alors une nappe à terre, vous y poserez le pain et le vin, et vous les servirez humblement et joyeusement jusqu’à ce qu’ils aient mangé. Après le repas, vous leur parlerez de la parole du Seigneur et, enfin, vous leur demanderez, par amour de Dieu, cette première chose : qu’ils vous promettent de ne frapper personne ni de faire du mal à quiconque. Car si vous demandiez tout à la fois, ils ne vous écouteraient pas ; mais à cause de votre humilité et de votre charité, ils vous le promettront aussitôt.
Le lendemain, en raison de leur bonne promesse, apportez-leur, avec le pain et le vin, des œufs et du fromage, et servez-les jusqu’à ce qu’ils aient mangé. Puis, après le repas, vous leur direz :
« Pourquoi restez-vous ici toute la journée, mourant de faim, supportant tant d’adversités, et en même temps commettant tant de maux par votre volonté et vos actes, par lesquels vous perdez vos âmes, si vous ne vous convertissez pas au Seigneur ? Il vaut mieux servir le Seigneur : il vous accordera en ce monde ce qui est nécessaire au corps et, à la fin, il sauvera vos âmes. »
Alors le Seigneur leur inspirera, à cause de l’humilité et de la patience que vous leur aurez montrées, de se convertir.
Les frères firent donc tout ce que leur avait dit le bienheureux François, et les brigands, par la grâce et la miséricorde de Dieu, écoutèrent et observèrent à la lettre, point par point, tout ce que les frères leur demandaient humblement. Bien plus, à cause de l’humilité et de la familiarité des frères envers eux, ils commencèrent eux-mêmes à servir humblement les frères, portant sur leurs épaules du bois jusqu’à l’ermitage. Finalement, certains d’entre eux entrèrent dans la religion. Les autres, confessant leurs péchés, firent pénitence de leurs fautes et promirent, entre les mains des frères, qu’à l’avenir ils voudraient vivre du travail de leurs mains et ne plus jamais commettre de semblables actions.