Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 58

Comment il se punissait en mangeant dans une assiette avec un lépreux, car il lui avait causé de la pudeur

De retour à l’église Sainte-Marie de la Portioncule, le bienheureux François trouva frère Jacques le Simple avec un lépreux très ulcéré. Le bienheureux François se recommandait ce lépreux et tous les autres, car il était comme leur médecin et touchait volontiers leurs plaies, les changeait et les soignait, les frères séjournant alors dans les hôpitaux des lépreux.

François dit à frère Jacques, comme pour le réprimander :

« Tu ne devrais pas emmener ces chrétiens, car ce n’est pas convenable ni pour toi ni pour eux. »

Même s’il voulait les servir, il ne voulait pas qu’ils quittent l’hôpital, car les gens avaient l’habitude de les fuir, et frère Jacques était si simple qu’il allait avec eux de l’hôpital à l’église de Sainte-Marie de la Portioncule comme il allait avec les autres frères. François appelait ces lépreux « frères chrétiens ».

Ayant dit cela, le bienheureux François se réprimanda immédiatement lui-même, croyant que le lépreux avait été embarrassé par sa réprimande. Voulant satisfaire Dieu et le lépreux, il confessa sa faute à frère Pierre Catani, alors ministre général, et lui dit :

« Je veux que tu confirms la pénitence que j’ai choisie pour ce défaut et que tu ne me contredises pas. »

Pierre répondit :

« Frère, fais ce qui te plaît. »

Il vénérait tant François qu’il n’osait jamais lui contredire, bien qu’il en fût souvent affligé.

Alors François dit :

« Ma pénitence sera de manger dans une seule assiette avec un frère chrétien. »

Lorsqu’ils s’assirent à table, l’assiette fut placée entre François et le lépreux. Le lépreux était couvert d’ulcères et répugnant, avec les doigts contractés et sanglants, et lorsqu’il prenait les boules de nourriture dans l’assiette, le sang et le pus s’écoulaient dans l’assiette. Voyant cela, frère Pierre et les autres frères furent très affligés mais n’osèrent rien dire par crainte et respect pour le saint Père.

François mangea donc avec le lépreux, accomplissant ainsi sa pénitence, et tous furent profondément émus par sa piété et sa compassion, surtout en hiver, alors qu’il n’était pas encore libéré de la fièvre quarte.

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