Chapitre 51
De la manière dont tous les frères se réconciliaient alors entre eux lorsque l’un troublait l’autre
Saint François affirmait que les frères Mineurs avaient été envoyés par le Seigneur, en ces derniers temps, pour montrer des exemples de vie à ceux que le péché enveloppait de ténèbres. Il disait être rempli des parfums les plus suaves et oint de la vertu d’un onguent précieux lorsqu’il entendait raconter les grandes œuvres des saints frères dispersés à travers le monde.
Un jour, il arriva qu’un frère, en présence d’un noble de l’île de Chypre, lança des paroles injurieuses contre un autre frère. Voyant que celui-ci en était quelque peu troublé, le premier, aussitôt enflammé contre lui-même pour se venger, prit du crottin d’âne et l’introduisit dans sa propre bouche pour le broyer avec ses dents, en disant :
« Mâche ce fumier, langue, qui as répandu le venin de la colère contre mon frère ! »
À cette vue, le noble homme, frappé de stupeur, repartit profondément édifié et, dès lors, se mit lui-même et tous ses biens à la disposition des frères.
Ainsi, par usage, tous les frères observaient ceci : si l’un d’eux avait adressé à un autre une parole injurieuse ou troublante, il se jetait aussitôt à terre, baisait le pied du frère offensé et demandait humblement pardon. Le saint père se réjouissait de telles choses lorsqu’il entendait ses fils tirer d’eux-mêmes des exemples de sainteté, et il comblait de bénédictions très dignes d’être accueillies ces frères qui, par la parole ou par l’action, amenaient les pécheurs à l’amour du Christ ; car, rempli comme il l’était d’un zèle parfait pour les âmes, il voulait que ses fils lui ressemblent véritablement.