Chapitre 48
Comment il assimila l’obéissant parfait, sous une figure, à un corps mort
Un jour, devant ses compagnons, il laissa échapper ce soupir :
« Il y a bien peu de religieux dans le monde qui obéissent vraiment bien à leur prélat ! »
Aussitôt les frères lui dirent :
« Dis-nous, père, ce qu’est l’obéissance parfaite et suprême. »
Alors, décrivant l’obéissant vrai et parfait sous l’image d’un corps mort, il dit :
« Prends un corps sans vie et place-le où bon te semble. Tu verras qu’il ne résiste pas au mouvement, qu’il ne change pas de place, qu’il ne se plaint pas quand on le laisse. S’il est élevé sur une chaire, il ne regarde pas vers le haut mais vers le bas ; s’il est revêtu de pourpre, il en devient deux fois plus pâle.
Tel est le véritable obéissant : déplacé, il ne proteste pas ; placé quelque part, il ne s’en soucie pas ; transformé, il n’insiste pas. Promu à une charge, il garde son humilité habituelle ; plus il est honoré, plus il se juge indigne. »
Il appelait obéissances sacrées celles qui étaient imposées purement et simplement, sans être demandées. Mais il estimait que l’obéissance suprême, celle où la chair et le sang n’ont aucune part, était celle par laquelle, sous l’inspiration divine, on part chez les infidèles pour le salut du prochain ou par désir du martyre ; et il jugeait que demander une telle obéissance était très agréable à Dieu.