Chapitre 46
Comment il voulut, jusqu’à la mort, avoir pour gardien l’un de ses compagnons et vivre dans la soumission
Voulant persévérer jusqu’à la mort dans une humilité parfaite et dans la soumission, longtemps avant sa mort il dit au ministre général :
« Je veux que tu me confies à l’un de mes compagnons, afin que je lui obéisse en ta place ; car, pour le bien de l’obéissance, je veux que tu demeures toujours avec moi dans la vie comme dans la mort. »
Dès lors, jusqu’à sa mort, il eut pour gardien l’un de ses compagnons, auquel il obéissait comme au ministre général. Une fois, il dit même à ses compagnons :
« Le Seigneur m’a accordé cette grâce, entre autres, que j’obéirais avec autant de soin à un novice entré aujourd’hui dans l’Ordre, s’il m’était donné pour gardien, qu’à celui qui est le premier et le plus ancien dans la vie et dans la religion. Car le sujet doit considérer son prélat non comme un homme, mais comme Dieu, par amour duquel il lui est soumis. »
Puis il ajouta :
« Il n’y a aucun prélat au monde qui serait autant craint par ses sujets que je le serais par mes frères, si je le voulais. Mais le Seigneur m’a accordé cette grâce : je veux être content en toutes choses comme le moindre dans la religion. »
Nous avons vu cela de nos propres yeux, nous qui étions avec lui. Lorsqu’il arrivait que des frères ne satisfassent pas à ses besoins ou lui disent une parole capable de troubler un homme, il allait aussitôt prier ; et, à son retour, il ne voulait plus s’en souvenir et ne disait jamais : « Tel ne m’a pas satisfait » ou « Tel m’a dit telle parole ». Persévérant ainsi, plus il approchait de la mort, plus il s’appliquait à vivre et à mourir dans toute l’humilité, la pauvreté et la perfection de toutes les vertus.