Chapitre 28
Comment il condescendit envers un frère malade en mangeant des raisins avec lui
Une autre fois, alors que le bienheureux François se trouvait au même lieu, un frère spirituel et ancien dans la religion y était malade et très affaibli. Le voyant, le bienheureux François fut ému de compassion pour lui.
Mais comme alors les frères, sains et malades, vivaient la pauvreté avec grande joie comme une abondance, et que dans leurs maladies ils n’usaient pas de remèdes et n’en demandaient pas, préférant même ce qui nuisait au corps, le bienheureux François se dit en lui-même :
« Si ce frère mangeait de bon matin des raisins bien mûrs, je crois que cela lui ferait du bien. »
Et comme il l’avait pensé, il le fit.
Un jour, très tôt le matin, il se leva, appela secrètement ce frère et le conduisit dans une vigne proche du lieu. Il choisit un cep où se trouvaient de bons raisins à manger et, s’asseyant près de la vigne avec ce frère, il commença à manger des raisins avec lui, afin qu’il n’eût pas honte de manger seul.
Pendant qu’ils mangeaient, ce frère fut rétabli, et ensemble ils louèrent le Seigneur.
Ce frère se souvint toute sa vie de cette miséricorde et de cette bonté que lui avait montrées le très saint père, et il en parlait souvent aux frères avec grande dévotion et en versant des larmes.