Chapitre 15
De l’évitement de la mollesse et de la multiplicité des tuniques, et de la patience dans les nécessités
Revêtu de la vertu d’en haut, cet homme brûlait plus intérieurement du feu divin qu’il n’était réchauffé extérieurement par des vêtements corporels. Il exécrait ceux qui portaient plusieurs habits et ceux qui usaient de vêtements doux au-delà de la nécessité dans l’Ordre. Il affirmait que la nécessité que montre non la raison mais la volonté est le signe d’un esprit éteint :
« Quand l’esprit, disait-il, devient tiède et se refroidit peu à peu par rapport à la grâce, il est nécessaire que la chair et le sang cherchent ce qui leur est propre. »
Et il disait encore :
« Que reste-t-il lorsque l’âme est privée des délices spirituelles, sinon que la chair retourne aux siennes ? Alors l’appétit animal masque le point critique de la nécessité, et le sens charnel façonne la conscience.
Si une véritable nécessité se présente à mon frère et qu’il s’empresse aussitôt d’y satisfaire, quelle récompense recevra-t-il ? Car l’occasion de mérite se présente, mais il montre par son empressement qu’elle lui déplaît. »
Car il n’y a rien d’autre que de retourner en Égypte que de ne pas supporter patiemment ses propres besoins.
En effet, il ne voulait à aucune occasion que les frères possèdent plus de deux habits, qu’il consentait pourtant à ce qu’on soutînt par des pièces cousues ; il disait que les tissus raffinés étaient horribles et il réprimandait vivement ceux qui faisaient le contraire, et, afin d’éveiller de tels exemples par le sien, il avait coutume de toujours coudre par-dessus son habit un sac rugueux. Ainsi, même à sa mort, il ordonna que son habit funéraire fût recouvert d’un sac ; mais les frères, pressés par la maladie ou d’autres nécessités, mettaient un autre habit doux dessous, de sorte que dehors, dans l’apparence, l’âpreté et la simplicité fussent toujours respectées. Il disait avec une grande douleur :
« Ce n’est que lorsque la rigueur sera relâchée et que la tiédeur régnera que les fils d’un père pauvre oseront porter même des tissus écarlates simplement changés de couleur. »