Ordre des Frères Mineurs Capucins

Chapitre 11

Comment les frères, surtout les prélats et les savants, furent opposés au bienheureux François dans la construction de lieux et d’habitations pauvres

Lorsque le bienheureux François eut établi que les églises des frères seraient petites et que leurs maisons seraient faites seulement de bois et de terre, afin que cela demeurât un mémorial perpétuel pour tous les frères présents et futurs, puisqu’il s’agissait du premier et principal lieu de tout l’Ordre, certains frères s’y opposèrent, disant que dans certaines provinces le bois coûtait plus cher que la pierre, et qu’il ne leur semblait donc pas bon de construire des maisons en bois et en terre. Mais le bienheureux François ne voulait pas se quereller avec eux, surtout parce qu’il était proche de la mort et gravement malade. C’est pourquoi il fit alors écrire dans son testament :

« Que les frères prennent garde de ne pas recevoir pleinement les églises, les habitations et toutes les autres choses construites pour eux, si ce n’est selon ce qui convient à la sainte pauvreté ; qu’ils y soient comme des hôtes, tels des pèlerins et des étrangers. »

Nous qui étions avec lui lorsqu’il écrivit la Règle et qui rendons témoignage de presque tous ses autres écrits affirmons qu’il fit écrire dans la Règle et dans d’autres de ses écrits beaucoup de choses auxquelles de nombreux frères, surtout parmi nos prélats et nos savants, s’opposèrent ; ces choses seraient aujourd’hui très utiles et nécessaires à toute la religion. Mais comme il craignait beaucoup le scandale, il consentait, non de bon gré, à la volonté des frères. Souvent cependant il disait :

« Malheur à ces frères qui s’opposent à moi en ce que je sais fermement être de la volonté de Dieu pour une plus grande utilité et la nécessité de toute la religion, même si, malgré moi, je consens à leur volonté ! »

C’est pourquoi il nous disait souvent, à nous ses compagnons :

« Voici ma douleur et mon affliction : dans ces choses que j’obtiens de Dieu avec beaucoup de travail, de prière et de méditation, par sa miséricorde, pour l’utilité présente et future de toute la religion, et dont je suis assuré qu’elles sont selon sa volonté, certains frères, par l’autorité de leur science et d’une fausse prudence, s’y opposent et les annulent, disant : “Celles-ci doivent être tenues et observées, celles-là non.” »

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