Ordre des Frères Mineurs Capucins

Vaquer à l’oraison ou se livrer à la prédication

Source: Google Books

Le fidèle serviteur et ministre de Jésus-Christ, François, désireux de se rendre parfait et accompli en tout, s’exerçait principalement aux vertus que les enseignements de l’Esprit-Saint lui faisaient connaître comme plus agréable à son Dieu. Aussi lui arriva-t-il à ce sujet de tomber en un doute profond et plein d’angoisses, et tous les jours en sortant de l’oraison il le proposait à résoudre aux frères dont il estimait le plus les lumières. “Que me conseillez-vous, leur disait-il, quel emploi vous semble préférable ? Dois-je vaquer à l’oraison ou me livrer à la prédication ? Je suis un pauvre enfant, sans savoir, et dont le langage est grossier; j’ai plus reçu pour prier que pour parler. Ensuite, dans l’oraison, il y a un gain véritable, les grâces s’y accumulent en trésors; dans la prédication, au contraire, il faut distribuer aux autres les dons reçus du Ciel.

Dans l’oraison, les affections de notre âme se purifient de plus en plus, l’union au bien véritable, unique et suprême s’accomplit avec une vertu de jour en jour plus vive. Dans la prédication, les pieds de notre esprit se couvrent de poussière, on se distrait en beaucoup de choses, et la discipline se relâche.

Enfin, dans l’oraison nous parlons à Dieu, nous entendons sa voix, nous menons une vie angélique, nous demeurons au milieu des esprits célestes. Mais dans la prédication il faut user d’une grande condescendance vis-à-vis des hommes, vivre en homme au milieu d’eux, penser, voir, dire et entendre en homme.

Cependant une chose me semble devant Dieu combattre en faveur de la prédication : c’est que le Fils de Dieu, la Sagesse suprême, est descendu du sein de son Père pour le salut des âmes; il a donné d’abord l’exemple de sa vie au monde comme règle de conduite; ensuite il lui a fait entendre des paroles de salut, il a racheté les hommes au prix de son sang vénérable, il en a fait un bain pour les purifier, et un breuvage pour soutenir leurs forces; il ne s’est rien réservé, mais il a tout donné libéralement pour opérer notre salut.

Puisque nous devons agir en tout selon le modèle des choses offertes à nos regards en sa personne comme sur une montagne élevée, il me semble donc que Dieu a pour agréable de nous voir interrompre le repos de la contemplation pour le travail du dehors.”…

Le saint prêtre et la vierge du Seigneur, éclairés par l’Esprit-Saint, firent connaître à François que le bon vouloir de Dieu était que le héraut de Jésus-Christ s’appliquât à la prédication. Lorsque les frères furent de retour et qu’ils lui eurent appris la volonté du Ciel, selon qu’elle leur avait été manifestée, François se leva aussitôt, s’apprêta à partir et se mit en route sans retard.

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