Sa vie
Source: Google Books
Né à Todi, vers le milieu du XIII siècle, le bienheureux Jacques se livra à l’étude de la jurisprudence, et se fit un nom parmi ses concitoyens. Tout semblait lui sourire dans le monde, quand il plut à Dieu de l’attirer à lui par un de ces coups terribles dont quelquefois sa providence se sert pour sauver une âme déjà sur le bord de l’abîme.
Jacques avait épousé une femme distinguée par sa noblesse, sa fortune et surtout sa vertu. Pour répondre aux désirs de son mari, elle paraissait de temps à autre, malgré ses répugnances, dans les fêtes mondaines. Un jour donc qu’elle assistait à un bal, le plafond de la salle s’écroula; tous les assistants furent plus ou moins grièvement blessés; plusieurs même trouvèrent la mort dans cet accident, et entre autres l’épouse de Jacques. Accouru à peine à temps pour recevoir son dernier soupir, il s’aperçut qu’elle portait un rude cilice sous ses vêtements de fête, et comprit mieux encore par là combien digne de ses affections était celle que la mort lui avait ravie, combien affreux était le malheur dont il était frappé. Il se prit alors à méditer sur la vanité du monde, la frivolité des jouissances terrestres, l’incertitude des honneurs et de la vie; il tourna ses pensées vers des biens plus stables, et bientôt il fut un autre homme.
Mais ce n’était pas assez pour son âme ardente d’avoir renoncé aux plaisirs de la terre; il se vêtit pauvrement, s’associa au Tiers-Ordre de Saint-François, et s’adonna à toutes les œuvres d’une haute piété. De jour en jour ses progrès dans la vertu devinrent évidents aux yeux de tous; rien ne lui semblait difficile au service de Dieu; les humiliations surtout avaient pour son cœur un attrait particulier; il ne croyait pouvoir jamais assez s’abaisser, jamais assez expier les complaisances dont son cœur avait été rempli pour le monde. Enfin il voulut passer pour un insensé, et il s’appliqua à devenir la fable de tous ceux qui avaient été témoins de sa sagesse mondaine.
Alors commença pour lui un genre de vie à peu près sans exemple jusqu’à ce jour. Cet homme, réputé si habile et d’un jugement si parfait, parut tout d’un coup avoir perdu l’esprit; il faisait des choses étranges, sans cependant jamais se permettre une parole inconvenante ou injurieuse, sans jamais blesser en rien personne. Les enfants s’attachaient à ses pas, l’insultaient, en faisaient l’objet de leurs sarcasmes et de leurs plaisanteries; tout le monde le considérait comme un fou.
Après dix ans d’une telle vie, après avoir foulé ainsi sans réserve aux pieds la sagesse humaine et l’estime du monde, Jacques voulut faire un pas de plus dans la voie de la perfection, et il entra dans l’Ordre de Saint François. Là il dut passer encore par bien des épreuves et des humiliations, mais rien ne fut au-dessus de sa vertu et de son désir des souffrances. Ame héroïque, jamais on ne le vit ralentir sa marche vers les hauteurs célestes, jamais regarder, même un instant, en arrière. Sa mort, arrivée l’an 1306, fut attribué par ses frères à la violence de son amour pour Dieu, plutôt qu’à la maladie.