Ordre des Frères Mineurs Capucins

De la foi

Source: Google Books

Tout ce que l’on peut penser avec le cœur, exprimer avec la langue, voir avec les yeux, toucher avec les mains, tout cela n’est rien en comparaison de ce qui ne peut ni se penser, ni se voir, ni se toucher. Tous les saints et les sages, tant des âges passés que du temps présent et des siècles à venir, ont dit et ont écrit, disent et écrivent, diront et écriront de grandes choses sur Dieu, mais toutes leurs paroles et tous leurs écrits n’ont été, ne sont et ne seront, devant la réalité, que ce qu’un grain de millet est en comparaison du ciel et de la terre; et même, mille fois moins encore. L’Écriture, quand elle parle de Dieu, est semblable à une mère qui bégaye avec son petit enfant, et qui ne serait plus comprise si elle s’exprimait autrement.

Un jour Frère Égide demandait à un juge séculier : Croyez-vous que les dons de Dieu soient d’un grand prix ? — Certainement, répondit le juge. — Eh bien, reprit Frère Égide, je veux vous prouver combien vous êtes inconséquent avec vous-même. A combien estimez-vous tout ce que vous possédez en ce monde? — A mille livres environ, répondit le juge. — Et céderiez-vous ces propriétés pour dix mille livres ? demanda le frère. — Sans hésiter, répliqua le juge. Alors Frère Égide lui dit : Une chose certaine, c’est que tous les biens de la terre ne sont rien en comparaison de ceux qui nous sont réservés dans le ciel. Pourquoi donc ne pas donner à Jésus-Christ ce que vous possédez pour obtenir en échange ces éternelles richesses? Le juge, savant de la misérable sagesse du monde, répondit au frère, qui était la pureté et simplicité même : Dieu vous a rendu sage de sa divine folie; croyez-vous, Frère Égide, qu’il y ait un homme sur la terre, en possession de biens considérables, qui voulût, dans la pratique, se conformer à ce qu’il croit intérieurement ? — Remarquez, mon bien cher frère, répliqua Frère Égide, que tous les saints se sont appliqués à accomplir, autant qu’il était en eux, ce qu’ils savaient et croyaient être de la volonté de Dieu ; et quand ils étaient dans l’impossibilité de pratiquer ce qu’ils souhaitaient, les desirs de leur volonté suppléaient à leur impuissance ; de sorte que ce qu’ils ne pouvaient réellement accomplir était néanmoins regardé comme fait, en vertu des vifs desirs de leur âme.

Frère Égide disait encore : Donnez-moi un homme dont la foi soit parfaite, bientôt aussi vous trouverez la perfection dans toutes ses œuvres, et son salut éternel sera certain. Quand on attend avec une foi constante le bien suprême et souverain, quel dommage et quelle peine peut-on ressentir, en cette vie, de l’adversité, quelque dure qu’elle soit? Et l’homme misérable qui ne peut attendre que le mal éternel, quelle jouissance lui procureront en ce monde les biens temporels ? Que l’homme, quelque grand pécheur qu’il soit, ne désespère jamais tant qu’il vivra de la miséricorde divine, car de même qu’il n’y a pas d’arbre, si épineux, si raboteux et si noueux qu’il soit, que l’on ne puisse aplanir, polir et rendre beau, de même aussi il n’est pas d’homme au monde, si criminel et si grand pécheur qu’il soit, que Dieu ne puisse convertir, pour orner son âme de toutes les vertus et des grâces les plus signalées.

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