Ordre des Frères Mineurs Capucins

Afflictions sous le Pape Jean XXII et changement d'habit

61 L’élection de Jean XXII 62 Causes de la lutte entre le Pontife et l’Empereur 63 La question de la pauvreté durant le pontificat de Jean XXII 64 Personnes éminentes qui défendent et recommandent l’Ordre franciscain 65 Le Chapitre général de Bologne (1328) 66 La forme du capuce est modifiée 67 Jean XXII apporte des clarifications sur la Règle

(61) De 1206 jusqu’en 1328, tout l’Ordre de Saint François avait l’habitude de porter la forme d’habit que les Frères Capucins portent aujourd’hui. Ainsi, la capuche pointue fut portée par tout l’Ordre de Saint François pendant 122 ans. Je vais maintenant expliquer la raison pour laquelle le Pape Jean XXII priva tout l’Ordre de la capuche pointue.

Le 7 août 1316, à Lyon en France, le cardinal Jacques de Cahors fut élu Souverain Pontife, devenant alors Jean XXII. À cette époque, de très graves problèmes survinrent à cause de Louis de Bavière, le duc de Bavière. Ces troubles seront décrits en temps voulu. Les raisons de la colère de Sa Sainteté contre l’Ordre seront exposées en dernier.

(62) Les différends survenus entre le Pape et le Bavarois furent les suivants. Le premier était que l’Empereur soutenait les hérétiques à Milan et dans d’autres parties de la Lombardie où ils se trouvaient. Il faisait de même pour une certaine secte appelée les Gibelins, ennemis de la Sainte Église. De plus, Louis, duc de Bavière, ne fut pas élu Empereur de manière canonique, mais par tromperie. Il ne fut jamais véritablement Empereur à cause de cette fausse élection, et aussi parce que le Pape ne voulut jamais confirmer son élection. Les deux Papes qui succédèrent à Jean ne le firent pas non plus. La deuxième raison était que, bien que le Pape le lui ordonnât, il ne voulut jamais obéir ni céder la place à Frédéric d’Autriche, qui avait aussi été élu Empereur. Au contraire, il le fit emprisonner. La troisième raison était la suivante : injustement et contre la volonté du Pape, l’Empereur mena de nombreuses guerres en Allemagne, persécutant ceux qui s’opposaient à son désir d’usurper l’Empire. Puis il vint en Italie et commit de nombreux méfaits. Enfin, il arriva à Rome et s’y fit couronner par certains prélats schismatiques et excommuniés. Les schismatiques déclarèrent que le Pape n’était pas le vrai Pape. Parmi eux, il en élut un autre et fit promulger à Rome de nombreuses lois contre Sa Sainteté. Toutes ces choses, il les fit injustement, calomniant faussement Sa Sainteté et se faisant juge de matières sur lesquelles il n’avait aucune autorité.

(63) Les raisons pour lesquelles Sa Sainteté était en colère contre l’Ordre étaient les suivantes, et elles commencèrent en 1322. La colère du Souverain Pontife envers l’Ordre n’était pas sans fondement. Certains savants, qui pensaient tout savoir, s’opposèrent à lui sur une certaine opinion concernant la pauvreté du Christ. Cela sera expliqué plus loin. L’Ordre était innocent, mais à cause de ces hommes instruits qui le dirigeaient, Sa Sainteté prit grief contre tout l’Ordre. Ces hommes orgueilleux faillirent ruiner complètement l’Ordre en s’opposant à Sa Sainteté avec tant d’audace et d’injustice.

Voici la première raison. En Provence, un Maître en théologie sacrée de l’Ordre des Mineurs prêcha publiquement que le Christ notre Sauveur et ses Apôtres ne possédaient rien, ni en commun ni individuellement. À cause de ces paroles et de cette fausse doctrine, beaucoup affirmèrent que le Pape, les Cardinaux et les autres prélats de l’Église ne pouvaient ni ne devaient rien posséder. Cet enseignement parvint aux oreilles de Sa Sainteté. Presque tous les autres religieux et prédicateurs importants se levèrent pour s’opposer à cette opinion erronée. Ils soutenaient que Judas était trésorier et portait l’argent qui leur était donné comme aumône ; qu’en Samarie, les disciples allèrent acheter du pain ; et que dans les Actes des Apôtres, on voit que les Apôtres menaient une vie telle que le Maître suprême la leur avait enseignée en fait. D’autre part, il ne manqua pas de gens pour soutenir l’opinion contraire, défendant celle exposée par le Maître mentionné. Ceux-ci étaient des Frères franciscains savants qui s’alignaient sur cette vision. Ainsi, le Pape, tout comme la Cour, entra dans une grande colère, si bien qu’en 1322, la septième année de son Pontificat, il publia une autre Extravagante, également incluse dans les Clémentines, au chapitre Ad conditorem canonum. Il y conclut que, selon leur Règle, les Frères Mineurs peuvent posséder des biens en commun. À l’exception de leurs églises, oratoires, monastères, demeures, livres, vases et objets dédiés au culte sacré, la possession des choses qu’ils utilisent ne devait pas être considérée comme appartenant à l’Église. Il supprima les procureurs, les administrateurs, et bien d’autres choses encore, en faveur de l’Ordre. Par souci de concision, je ne mentionnerai pas toutes ces mesures, que tous les autres Souverains Pontifes avaient accordées avant et après lui.

Une fois cela fait et une fois que son esprit, troublé par cette doctrine nouvelle et déplaisante que vous venez d’entendre, se fut quelque peu apaisé, le Souverain Pontife ordonna au Général, Fr. Michele, ainsi qu’à d’autres savants de l’Ordre, de se prononcer sur la question désormais publique. Ainsi, les rumeurs et les chuchotements furent quelque peu étouffés pour un temps. En l’an 1325, le Chapitre général fut convoqué à Pérouse, où Fr. Michele et les délégués, qui étaient des hommes instruits, débattirent longuement de la question. Finalement, beaucoup d’entre eux déclarèrent qu’ils partageaient l’opinion du Maître mentionné précédemment. Après le Chapitre, Fr. Michele se rendit personnellement auprès de Sa Sainteté et lui exposa la résolution de ces savants. Il se proposa également de la défendre.

Lorsqu’il apprit qu’un Chapitre général avait adopté une opinion si profane, sans respect pour Sa Sainteté ni pour les autres Ordres qui soutenaient l’opinion contraire, Sa Sainteté, ainsi que les grands Prélats de la Cour et des Ordres religieux, furent si irrités qu’ils s’en prirent de nouveau à l’Ordre franciscain, encore plus qu’auparavant. Tout cela arriva à cause de l’orgueil et de l’audace de ces hommes savants. Ils affligèrent le pauvre Ordre, qui, dans toute cette affaire, était sans faute et véritablement innocent. Cependant, les détracteurs ne manquèrent pas en présence de Sa Sainteté. Ceux-ci disaient tout le mal possible du pauvre Ordre.

Parmi tous les troubles causés par ces savants, l’un des principaux fut le suivant : le Général de l’époque, Fr. Michele de Cesena, affirma ouvertement que le Pape n’était pas le vrai Pape. Il déclara aussi que l’opinion du Pape sentait l’hérésie. Après lui, Guillaume d’Ockham, l’un des grands savants de l’Ordre franciscain de l’époque, écrivit hardiment contre l’Extravagante de Sa Sainteté et prit le parti de l’Empereur schismatique. Ainsi, il se montra très opposé à Sa Sainteté, tout comme Fr. Michele et ses partisans. À cause de cela, le Pape adopta une telle attitude envers l’Ordre qu’il était résolu à le persécuter et à le détruire complètement si Dieu le permettait. Ainsi, dans son angoisse et ses larmes, l’Ordre devint la risée du peuple, désigné du doigt par tous.

(64) Au plus fort de ces tribulations, cependant, le Dieu compatissant voulut tendre la main à l’Ordre et lui apporter quelque soulagement. L’Ordre était rejeté par tous, mais Dieu connaissait son innocence. Il punit et éloigna les savants qui avaient causé tant de tort. Il montra l’Ordre, qui était innocent, comme encore plus beau et admirable qu’auparavant. Ce fut là un véritable miracle, car le Souverain Pontife était profondément opposé à l’Ordre. Cependant, comme le dit souvent l’Écriture : “Le coeur du roi est dans la main du Seigneur.” Dieu inspira le Souverain Pontife, et celui-ci choisit comme cardinaux deux de ses fils, tous deux Frères Mineurs originaires d’Aquitaine. L’un s’appelait frère Vitale du Four, l’autre nommé fut frère Bertrand de la Tour. Tous deux étaient très instruits et portaient gravée dans leur coeur leur mère l’Ordre. La création de ces deux cardinaux fit taire les langues qui auparavant aboyaient contre l’Ordre, et musela les dents qui auparavant s’étaient refermées sur lui. Par conséquent, nos adversaires restèrent en grande partie silencieux. Chaque fois que cela était nécessaire, ces cardinaux prenaient la parole en faveur de l’Ordre et le défendaient sans craindre personne.

Dans toute la chrétienté, il ne manquait pas de personnes de haut rang qui, avec foi et dévotion envers l’Ordre, le défendaient. En présence de Sa Sainteté, elles purent faire beaucoup. Parmi ceux qui voulaient s’exprimer sans ambiguïté pour accroître la réputation de l’Ordre, le premier à exalter l’Ordre des Frères Mineurs fut le seigneur Infant d’Aragon, Patriarche d’Alexandrie. Il était un tel dévot de l’Ordre des Mineurs qu’il portait toujours l’habit sous tous ses vêtements cléricaux. Avec force et courage, il défendit puissamment l’Ordre. Il écrivit à Sa Sainteté pour lui dire qu’il donnerait sa vie et tout ce qu’il possédait au monde pour défendre l’Ordre de saint François. Le second fut Jean, le très serein Empereur de la Grande Tartarie. Les Frères Mineurs l’avaient converti, lui et sa mère, à la foi, les avaient baptisés, et ne cessaient de les instruire dans la foi sainte. Quand ce saint empereur mourut, il fut enseveli avec grande pompe, selon la coutume impériale, à Saint-Jean, la maison des Frères Mineurs située à environ trois milles de Sarai, la ville impériale des Tartares. Plus tard, les Frères voulurent fuir vers la ville à cause des guerres alentour. Ne voulant pas abandonner ce saint corps, ils l’emportèrent avec eux dans la ville de Sarai. Il se produisit alors quelque chose de merveilleux ! Bien qu’il ait été dans la tombe depuis trente-cinq ans, ils retrouvèrent le corps frais et intact, comme s’il venait d’être enseveli. Les linges, les vêtements et l’oreiller de soie étaient intacts, sans la moindre trace de décomposition. Ils étaient aussi impeccables que le jour où ils avaient été placés dans le tombeau. Fidèles et infidèles considérèrent cela comme un grand miracle.

Lorsque cela parvint aux oreilles de Sa Sainteté, son attitude envers l’Ordre s’adoucit considérablement. Et à cette époque, de nombreux saints Frères, brûlant de zèle sacré pour la foi, prêchaient celle-ci très ardemment parmi les infidèles, et reçurent d’eux le saint martyre. Cela apporta un grand réconfort au saint Ordre, et ces exemples suscitèrent chez les laïcs une dévotion encore plus grande qu’auparavant. En France particulièrement, dans la ville de Paris, le 11 octobre 1324, au sommet des tribulations, le très saint comte d’Ariano, appelé Elzéar, partit vers le Seigneur au milieu de nombreux miracles. Il appartenait au Tiers-Ordre de saint François. Parmi les nombreuses merveilles que le Seigneur accomplit par l’intermédiaire de son serviteur, il y eut celle-ci : pendant vingt-huit ans, il vécut dans la virginité avec son épouse dauphine, bien qu’ils aient partagé le même lit. Tous deux étaient très beaux et d’un grand charme physique. Il mourut dans les bras de frère François Meyronnes, un homme très saint et savant de l’Ordre des Mineurs. Cela augmenta la dévotion de tous envers l’Ordre, particulièrement celle de Sa Sainteté, et mit un frein important à l’audace de ceux qui, à la Cour pontificale, s’en prenaient à l’Ordre.

La dévotion perdue envers l’Ordre fut largement restaurée aussi grâce aux nombreux grands miracles que Dieu accomplit par les mérites de l’évêque saint Louis, qui fut canonisé à cette époque par le pape Jean. Ainsi, le frère de saint Louis, le roi Robert, et sa consort la reine Sanzia, adressèrent une lettre très réconfortante au Chapitre Général. Il y déclara qu’il était prêt à sacrifier tout ce qu’il possédait dans le monde pour l’Ordre, y compris sa propre vie si nécessaire. La reine écrivit qu’elle était prête, si cela était requis, à être sacrifiée pour l’Ordre.

De même, le très serein roi de France Philippe VI n’omit pas d’écrire à Sa Sainteté pour l’informer de ce qu’il avait accompli en faveur de l’Ordre de saint François. Il l’écrivit de sa propre main. La dévotion de ce saint roi envers l’Ordre était telle qu’il ne se reposa pas avant d’avoir pu offrir à l’Ordre ce qu’il avait de plus précieux au monde, sa fille bien-aimée, la reine Blanche, qu’il fit religieuse au monastère de Loschamps. Il laissa des instructions pour que son corps fût enseveli parmi les Frères Mineurs après sa mort. Il disait : “Tout ce que j’ai reçu de Dieu, je le remercie de l’avoir obtenu par les mérites de saint François et de son saint Ordre. Je dépenserais ma vie et tout ce que je possède au monde pour l’Ordre.”

Sanche, roi de Castille, soutint également beaucoup le pauvre Ordre durant cette période de grandes tribulations. De même, il s’offrit pour tous les besoins et faveurs nécessaires à la préservation de l’Ordre. Il était si dévot envers lui qu’il voulait mourir revêtu de l’habit des Mineurs et être enterré dans la maison des Frères. Son successeur, le roi Alphonse le Très Chrétien, écrivit lui aussi à Sa Sainteté, s’offrant entièrement à l’Ordre pour tous ses besoins. Il affirma que, selon lui, rien ne plaisait davantage à Dieu que de consacrer sa vie et ses biens à l’Ordre de saint François. Le roi du Portugal partageait ce même sentiment. À sa mort, il voulut mourir vêtu de l’habit et être enseveli dans la maison des Frères Mineurs avec sa reine consort. Elle fit bâtir le monastère de sainte Claire et voulut également y être enterrée en habit.

Le roi d’Aragon eut la même attitude. En raison de sa grande dévotion pour l’Ordre, il se fit revêtir de l’habit lorsqu’il tomba malade. Il fit un voeu à Dieu : s’il guérissait, il ne quitterait plus cet habit. Toutefois, lorsqu’il partit pour le Seigneur, il avait déjà prévu que son corps serait enseveli en cet habit. Son nom était le roi Jacques. Lorsqu’il sut qu’il allait mourir, il fit venir son fils, le roi Pierre. Avec une grande tendresse, il lui recommanda l’Ordre des Frères Mineurs qu’il avait toujours porté gravé dans son coeur. Dès lors, à l’image de son père, il fut toujours très dévot. Lorsqu’il mourut à Barcelone, il voulut être enterré en habit dans le couvent de César-Auguste. Le roi de Majorque fut pareil. Il était très dévot à l’Ordre. Avec sa consort, la reine Esclarmonde, ils aimaient tellement l’Ordre qu’ils offrirent de bon coeur et d’un commun accord leur fils aîné Jacques à l’Ordre. Vêtu de l’habit des Mineurs, il vécut toujours dans l’Ordre. Il refusa tout statut ou dignité et persévéra toujours dans la véritable observance de la Règle. Il mourut dans le Seigneur, plein de vertu et de mérites saints.

De même, durant cette époque de grande tribulation, le neveu de saint Louis l’évêque (le fils de son frère) régnait en Hongrie. Lorsqu’il apprit les graves afflictions du pauvre Ordre et en raison de l’immense affection qu’il lui portait, il écrivit à Sa Sainteté. Sa lettre fut très bénéfique. De plus, il tourna tout le royaume de Hongrie vers une dévotion envers les Frères Mineurs.

Je ne veux pas omettre de dire un mot du roi de Chypre, le roi Henri, qui régnait alors. Sa sainteté et son grand amour pour l’Ordre étaient tels que, bien qu’il fût marié, il demeura vierge jusqu’à sa mort. Cela venait de son profond désir d’être compté parmi les vierges saintes et chastes de l’Ordre de saint François. Comme il ne pouvait vivre dans l’Ordre à cause de sa charge et de son mariage, il voulut imiter le Père saint François autant qu’il le pouvait et mourir vierge chaste, portant l’habit des Mineurs dans son coeur. Avant de mourir, il enfila cet habit. Il voulait mourir ainsi. Il fut enterré dans le couvent de Nicosie. Et puisque le Seigneur Dieu voulait montrer combien il était satisfait de ce serviteur, Il accomplit de nombreux miracles par les mérites du roi Henri à son tombeau.

La majorité, sinon la totalité, de ces grands personnages écrivirent à Sa Sainteté pour qu’il préserve et défende l’Ordre de saint François. Il y en eut encore bien d’autres que je n’énumère pas ici pour ne pas ennuyer le lecteur.

Le saint Ordre reçut un grand soutien de la part de nombreuses personnes très saintes qui, à cette époque, ornaient l’Église de Dieu par leur vie sainte et leurs miracles. De nombreux hommes instruits défendirent également l’Ordre contre l’hérésie par leur sainte prédication. En raison de leur sainteté et de leur érudition, plusieurs d’entre eux furent nommés à d’importantes prélatures, en tant que patriarches, cardinaux et archevêques. Comme une grande peste sévissait alors dans différentes régions du monde, beaucoup de ces bons Frères se rendirent auprès des malades pour les servir. Ce service donna un exemple excellent à toute la chrétienté.

(65) Ainsi, Sa Sainteté s’adoucit et il retrouva sa dévotion envers l’Ordre. Il comprit clairement que cette affaire ne relevait pas d’un défaut de l’Ordre lui-même, mais de quelques hommes savants et de leurs partisans, qui s’étaient opposés à lui avec orgueil. En 1328, Sa Sainteté ordonna qu’un Chapitre Général se tienne à Bologne. Le très révérend cardinal Bertrand, mentionné plus tôt, fut envoyé à ce Chapitre en tant que Commissaire apostolique. Malgré la dignité et la grande autorité de cet homme, les Frères décidèrent néanmoins de confirmer Fr. Michele comme leur Général, en raison du lobbying et des pressions de ses partisans. Le Cardinal en prit conscience. Dès qu’il fut informé de la situation, il avertit rapidement le Souverain Pontife à Avignon par courrier. Par un nouveau Bref, le Saint-Père le nomma Vicaire cardinalice de tout l’Ordre. De son côté, il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour déposer Fr. Michele sans pour autant élire un autre Général, et poursuivre le Chapitre. Il souhaitait que le Cardinal agisse comme Vicaire général de l’ensemble de l’Ordre jusqu’au prochain Chapitre Général. Ainsi, Fr. Michele fut déposé. Malgré les ordres de Sa Sainteté, il avait usurpé et conservé la charge de Général. Il avait gouverné pendant environ douze ans, depuis son élection en 1316 jusqu’à sa déposition à Bologne en 1328.

(66) Pour identifier les Frères présomptueux qui lui résistaient, le Pape voulut que ceux qui lui obéissaient retirent de leurs épaules la capuche pointue et la remplacent par une capuche ronde, sans rien de rattaché à l’avant, exactement comme l’habit porté par les Réformés espagnols. Cependant, il laissa libres ceux qui soutenaient Fr. Michele de porter ou non la capuche pointue. Sa Sainteté doutait qu’ils lui auraient obéi s’il les avait contraints, puisqu’ils n’avaient déjà pas obéi à ses autres ordres. Ainsi, l’Ordre se divisa, car presque tout l’Ordre adopta la capuche ronde. Les quelques-uns qui restèrent obstinément attachés à leur faction refusèrent d’abandonner la capuche pointue et se séparèrent des autres. Toutefois, peu de temps après, pris de remords pour leur erreur, la majorité d’entre eux revinrent avec une grande humilité dans l’Ordre. Les quelques-uns qui restèrent obstinés connurent tous une fin malheureuse.

(67) C’est donc pour cette raison que la capuche pointue disparut. Sa Sainteté fut émue non seulement par cette colère, mais aussi parce que l’Ordre était devenu laxiste et qu’il y avait de grandes querelles parmi les Frères. Certains Frères plus fervents portaient des habits grossiers et de longues capuches, comme saint François et tous les premiers Pères. Ce fut le cas de la Réforme qui commença à Narbonne, dont il sera question en temps voulu. D’autres Frères étaient très relâchés. Faute de Frères zélés pour l’observance de la Règle, ils portaient de beaux habits avec une petite capuche, bien que pointue. Beaucoup d’entre eux laissaient tomber la capuche sur leurs épaules et portaient sur la tête une petite barette pointue. Sa Sainteté tenta souvent d’apaiser et de réunir les Frères en définissant certains passages de la Règle. On le voit clairement dans le Memoriale dell’Ordine. Cependant, les Frères ne se calmèrent pas. De nouveaux conflits surgirent entre les zélés et les relâchés, en particulier avec ceux qui stockaient du grain et du vin, recevaient de l’argent sans scrupule et faisaient bien d’autres choses contraires à l’intégrité de la Règle. Sa Sainteté pensa faire taire ces disputes. Il ordonna que les réserves de grain et les autres biens soient placés sous la juridiction des Prélats et qu’en ce qui concerne l’habit, tous portent le même type de tissu. Quant à la capuche, là où l’opinion différait le plus, il fut ordonné que tous la portent de manière arrondie. Ce fut la principale raison de la disparition de la capuche pointue, et cela était juste. Cela ne se produisit pas tant à cause de Sa Sainteté, sauf en tant qu’instrument de Dieu et Vicaire du Christ, mais bien à cause des mauvais fils de saint François séraphique qui, à l’époque, se souciaient peu de l’observance de la Règle. Comme ils avaient honte de porter la capuche pointue, Sa Majesté permit qu’ils en soient privés. Quelle grande perte ce fut, car à partir du moment où ils commencèrent à aimer les beaux vêtements, ils cherchèrent des tissus de plus en plus raffinés. Le Père saint François portait son habit en signe de plus grande pauvreté, pour mépriser davantage le monde et affliger son corps. Les Frères relâchés, au contraire, recherchaient dans leurs vêtements l’élégance pour la vaine gloire, la douceur pour leur sensualité, et une belle capucheur pour être caressés par le monde.

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