Ordre des Frères Mineurs Capucins

Lettre 4

Pierre, diacre, infirme de corps et d’esprit, vous adresse son salut dans la vérité de l’humilité, de la charité et de la patience du Christ.

En contemplant la vie et la conduite du Christ Jésus et de ses martyrs, vous ne vous lasserez pas dans les tentations du temps présent, qui surviennent et attaquent de multiples manières notre faiblesse et notre imperfection. Si surtout nous considérons les fondements de l’Église primitive, où, durant trois cents ans de tribulations et de persécutions incroyables, tant les prélats que les fidèles ont peiné, privés de tout secours et de tout conseil humain, il apparaîtra que toutes nos détresses présentes sont légères et faciles à porter.

La doctrine et l’intelligence nécessaires à notre petitesse contre la ruse des démons nous viennent de la considération de la soumission et de l’obéissance que notre Seigneur lui-même manifesta à Pilate et aux prélats de son temps, et que tous les martyrs et les saints docteurs offrirent aux princes, aux tyrans et aux idolâtres. C’est en effet là que la malice des démons s’efforce le plus : par l’impatience, briser les cœurs, détourner de la révérence envers les persécuteurs et de l’amour, ou nous arracher à la vérité de la sainteté et à l’amour de la perfection, afin de nous entraîner vers les vices et les péchés.

Notre tâche, à l’aide d’une prière assidue, est non seulement de persévérer dans tout dessein de sainteté, mais encore de croître, et de prier instamment de tout cœur pour ceux qui nous persécutent, tenant pour certain que la piété et la miséricorde de Dieu, après avoir surmonté les malices et les ruses des démons et des hommes, convertiront, par les dons de sa grâce, les âmes de nombreuses personnes à la dévotion, à la révérence et à l’imitation de la vie du Christ. Il est en effet impossible que la malice triomphe de la sagesse, que le Christ abandonne ses saints sans secours dans les tentations, ou qu’il ne leur accorde pas la grâce de triompher des malices et des ruses des démons.

Et selon que les épreuves des temps sont graves, ainsi les dons spirituels sont plus abondants. Il faut donc réveiller l’esprit, tourner avec plus d’ardeur désirs et cœurs vers Dieu, et l’incliner vers nous par de pieuses prières, afin qu’il nous accorde la direction nécessaire et le sens opportun de la révérence envers ceux qui président dans l’Église. Car c’est principalement en cela que les démons combattent : diviser de l’unité de l’Église ceux qu’ils peuvent, enlever la foi nécessaire au salut et, après l’éloignement de la foi, entraîner vers d’innombrables péchés.

De même qu’il est impossible que le Christ mente ou que la sagesse se change en folie, ainsi il est impossible que l’Église erre ou défaille jusqu’à la fin du siècle. Au contraire, sous les diverses tribulations et persécutions suscitées par les démons et les hommes infidèles, elle brillera plus clairement, se répandra et sera exaltée dans la conversion de nombreuses nations au joug du Christ, lorsque, à la fin, rois et royaumes lui seront soumis.

Alors ceux qui auront soif de suivre les traces de la perfection du Christ se lèveront, et toute torpeur de tiédeur et toute paresse d’ingratitude, absorbées par la ferveur de l’esprit, seront chassées loin des saints. Ceux d’entre les hommes d’aujourd’hui qui parviendront aux temps de paix et de multiplication de la grâce rendront à Dieu des actions de grâce sincères pour le don reçu. Mais parce que cela est aujourd’hui rare parmi nous, celui qui, en un temps de si grande iniquité, sera trouvé possédant la vérité de la charité portera un nom de grâce singulière à la fin.

Heureux serez-vous donc, ainsi que tous ceux qui seront trouvés s’efforçant avec soin et vigilance de s’étendre vers la vérité. De même que Loth est singulièrement loué pour avoir été trouvé juste au milieu des pervers, ainsi recevrons-nous du Seigneur une grâce de bénédiction particulière si, de toutes nos forces, nous nous tournons vers les réalités spirituelles, ne recherchant pas ce qui est à nous, mais ce qui est à Jésus-Christ. Tenez-vous donc dans une vigilance empressée, fuyez de toute votre puissance le retour à l’imperfection, et priez pour moi, comme moi-même je ne cesse de me souvenir de chacun de vous dans mes prières ferventes.

Écrit le deuxième jour de Pâques.

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