Lettre 2
Aux amis du Christ Jésus et aux amoureux de ses serviteurs et de ses pauvres — Jean Petrignani, Jean…, Léon…, Nicolas, B., et les autres — moi, frère Ange, pécheur, en tout vil et humble, je souhaite le salut et la vie dans le Christ Jésus, vrai Dieu et Fils de Dieu, l’unique et seul ami des hommes.
Puisque nous sommes les membres d’une seule tête et l’ouvrage d’un seul Dieu, issus d’un seul homme, ayant un seul Seigneur, Maître et Rédempteur, par la puissance de sa mort et l’aspersion de son sang, régénérés, unifiés par la nature du sacrement, la confession de la foi, la confiance de l’espérance et la vie de charité, marchons vers le royaume d’immortalité et de gloire qui nous a été promis, espéré et obtenu par la prière du Christ.
Il nous faut donc aspirer aux réalités d’en haut, écouter le Christ Jésus envoyé du ciel tant que nous en avons le temps, avec respect, humilité, fidélité et promptitude, le suivre de tout notre cœur, croire en lui et nous aimer les uns les autres d’un cœur pur, haïr et fuir toute malice et toute impureté, embrasser avec une conscience droite la perfection de toute justice, humilité et sainteté, et, dans une foi sincère, supporter avec courage et joie les tentations, les tribulations et les opprobres pour le Christ.
Telle est la triple et sainte œuvre de la charité du Christ, appelée dans l’Écriture le triple lien difficile à rompre, de laquelle dépendent la Loi et les Prophètes, que l’Apôtre nomme la plénitude de la Loi, et que le Maître désigne comme le critère et le décret des disciples dociles de Dieu.
C’est le commandement nouveau du Christ : l’accueil de ce don engendre en nous la bonne volonté, laquelle est dotée du fruit ineffable de la paix céleste. La bonne volonté naît uniquement de la plénitude et de la perfection de la charité.
De celle-ci procèdent la sanctification et la pureté des sens, l’unité invincible et indivisible avec Dieu et le prochain, la connaissance, la possession et la pratique des mœurs saintes et des vertus, la confession et la science de sa propre humilité, de sa bassesse et de sa petitesse, le discernement des pensées, des influences, des passions et des ruses de Satan, des anges de Dieu et de l’Esprit du Christ.
Elle fait aimer les travaux, les infirmités et les douleurs du chemin, engendre la compassion dans les tentations du prochain, la douleur pour les afflictions et les maux de l’ennemi, la joie du cœur pour le relèvement de celui qui est tombé, et une joie ineffable pour le progrès et les grâces des serviteurs de Dieu.
Elle produit une bonté douce et active envers ceux qui maudissent et persécutent, l’élan suprême de la volonté vers le haut par l’embrasement spirituel, le sentiment certain de la demeure du Christ, la communication des dons du Saint-Esprit au-delà de l’intelligence, et l’expérience multiple et unique des ardeurs et des splendeurs de la bienheureuse fruition, selon la mesure de ceux qui les reçoivent, dans le silence d’une charité paisible, vécue dans la contemplation aimante de Dieu et du Christ son Fils, Dieu unique et trine, béni dans les siècles. Amen.
Que la vérité de la charité du Christ demeure en vous, vous gouverne, vous éloigne des amertumes cachées dans les plaisirs de la vie et de toute souillure de la chair et de l’esprit, et vous enflamme à prier sans cesse pour le salut des fidèles, pour le mien et pour celui de tous les serviteurs de Dieu. Amen.
Il n’y a donc pour vous qu’une seule chose nécessaire : vous convertir totalement, par l’effort de la prière, les exercices d’humilité et de piété, et par des affections embrasées, à posséder la charité de la vérité. Ne vous laissez pas tromper par la malice des hommes qui tiennent pour sûre la voie large qui mène à la mort, ne tombez pas hors de la vérité, détournés par les ruses de Satan, et n’abandonnez pas les chemins certains du salut et de la vie éternelle. Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.