Ordre des Frères Mineurs Capucins
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Septième tribulation

Après cela, une question se posa, comme il est dit, sur Narbonne, entre les prédicateurs et les mineurs, à savoir si le Christ et les apôtres avaient un bien propre en commun. Cette question fut traitée largement et en détail par le saint homme de Dieu Pierre Jean, qui la définit clairement. Et, par le dessein de Dieu, les frères mineurs restèrent fermes pour la vérité, que ce grand homme, autrefois hérétique et anathème pour eux, démontra de manière très claire, défendue par d’innombrables arguments et des autorités saintes très solides.

Pour cette vérité, que Christ Jésus leur donne de tenir fermement et avec persévérance par la parole et l’action, avec un cœur pur, une bonne conscience et une foi non feinte, jusqu’à la fin, lui qui apparut à leur père et le marqua des signes séraphiques et cruciformes de son amour, et l’instruisit, l’éclairant par l’onction de son esprit, à vivre de manière cruciforme et à porter la croix nue après lui, et à ne vouloir posséder en permanence sous le ciel rien d’autre que le Christ Jésus, pauvre, humble, crucifié pour les hommes.

Car, selon la vérité, le diable n’a tenté de déraciner par lui-même et ses satellites et séides rien d’autre de la religion fondée par François, que la nudité de la pauvreté la plus élevée, et il a transformé toute sa ruse maligne pour suggérer et instiller dans les esprits et les cœurs des frères la crainte, l’horreur, le déplaisir de la pauvreté cruciforme et évangélique, à tel point qu’ils n’eurent pas peur d’affronter saint François de ce fait durant sa vie, et après sa mort firent annuler son testament, et affligèrent et persécutèrent de diverses manières ses compagnons et successeurs jusqu’à présent ; il y a donc grand danger que l’on agisse du même esprit pour combattre et détruire la nudité de la pauvreté évangélique, comme on agissait contre le fondateur et pour persécuter ceux qui observent fidèlement et sincèrement la pauvreté qu’il avait promise.

Car, tout comme il n’y a pas de servitude pire que celle du péché, de même l’amour de la vaine gloire humaine et du nom de sainteté et de sagesse induit plus que les autres péchés et vices confusion et cécité de l’esprit, et fait de l’adversaire de la vérité, qu’il corrompt, un être dépourvu de vie de grâce. Que combattaient et persécutaient donc les frères dans leurs pères et frères Césaire, Bernard, Simon, Matthieu, Jean de Parme et Pierre, Pierre Jean, Pontius Botugati, Raymond Gaufredi et Hubertin, sinon la foi, la confession et l’action de cette pauvreté évangélique, pour laquelle, avec leurs rivaux, afin de ne pas perdre le nom sans la réalité, ils luttaient unanimement et cordialement ? Et eux craignaient en vain de se glorifier sous un nom sans l’action correspondante, sachant qu’un nom sans la vérité de l’action est inutile. Ainsi, témoignant par charité et vérité, ils encoururent la haine et le déplaisir, ainsi que les louanges et faveurs de ceux qui cherchent la gloire humaine.

Craignant que frère Hubertin ne parle contre eux à l’avenir, lorsqu’il fut exclu par ordre du souverain pontife de leurs affaires, et qu’il ne se préoccupât pas de leurs litiges après la définition donnée par le pontife, ils étaient animés contre lui d’une telle indignation, qu’ils considéraient tout ce qu’ils faisaient pour les autres comme rien tant qu’il demeurait vivant sur terre. Ils importunaient donc quotidiennement le souverain pontife, le harcelant sans relâche de prières et de demandes, exigeant que frère Hubertin leur soit rendu, car son séjour à la cour constituait pour l’ordre un embarras intolérable et un grand préjudice.

Le souverain pontife convoquait frère Hubertin à la demande des frères, et lui demandait de rester quelques jours avec les frères, car, après que les frères auraient été satisfaits de ce retard, il prendrait les dispositions nécessaires selon sa situation. Frère Hubertin répondait : « Après mon séjour d’un jour avec eux, je n’aurai besoin ni de votre prévision ni de celle de quiconque dans cette vie ». Et comme les paroles de frère Hubertin, assaisonnées de sagesse, étaient prononcées avec discrétion et humilité, elles adoucissaient le cœur du souverain pontife, qui ne pouvait refuser de satisfaire aux vœux des frères.

Mais, brûlant du désir de vengeance et par la froideur et la sécheresse de la haine, les frères insistaient opportunément et importunément, oppressant de leurs prières le pasteur bienveillant. Pour alléger cette importunité, il leur dit qu’il ferait l’un des deux : « Soit il retournera vers vous – dit-il – soit il prendra l’état et l’habit d’une autre religion. » Quand cela fut connu de frère Hubertin, il consentit à la seconde option, espérant que le souverain pontife, soit par la difficulté des requêtes, soit par une persuasion modeste, pourrait le retenir. Mais comme il ne pouvait ni l’un ni l’autre, il retarda autant qu’il put par la difficulté des requêtes. Le souverain pontife, voulant satisfaire les frères sur la seconde option, et semblant avoir l’aspect de la justice, accorda tout ce qu’ils demandaient, une fois et une seconde fois, sous la protection de sa bulle scellée.

Lorsque frère Hubertin eut pris l’habit monastique, aussi amer qu’une croix, et habité dans un certain monastère d’Allemagne par autorité papale, pour ne pas rester en Provence ou en Gaule, les frères manifestèrent une telle joie et allégresse avec dénigrements et insultes futiles et mondaines, que tout homme discret voyait qu’ils étaient privés de sens chrétien et d’esprit, par leurs actions et paroles.

Et voici, peu de jours après, voyant que les cardinaux et autres personnes éminentes honoraient et respectaient davantage frère Hubertin dans l’habit monastique que précédemment dans l’habit des mineurs, et l’aimaient plus cordialement et écoutaient plus volontiers, leur cœur se remplit d’une telle tristesse et amertume qu’ils avouèrent publiquement leur erreur et leur folie. Mais malgré cela, ils ne cessèrent de le poursuivre et de chercher sa perte avec un violent empressement et des pièges perfides. Car ils lui tendirent un piège et l’ensevelirent, tombant dans la fosse qu’ils avaient préparée.

Leur tromperie et leur douleur se retournèrent contre eux, et leur iniquité retomba sur leur tête et leur sommet. Et lui confesserait au Seigneur selon sa justice, et chantera au nom du Seigneur Très-Haut : car il est vrai Dieu et vrai homme, roi des rois et seigneur des seigneurs, maître bon et seul sage, qui a enseigné aux cœurs des humbles hommes, dans les derniers jours, la science la plus divine et la plus élevée de la pauvreté évangélique. Il l’a épousée en prenant la chair et l’a unie à la croix, en revenant au Père. Enterré dans un tombeau étranger, il le consacra et le scella, comme lieu de repos, de gloire et de bénédiction, nous instruisant par ses œuvres, sa parole et un silence sacré, afin que nous courions après lui dans notre pèlerinage corporel et que nous y parvenions par elle. Lui qui siège à la droite de Dieu, s’étant vidé lui-même, prenant la forme d’un serviteur, devenu semblable aux hommes et trouvé dans l’habit humain, s’humilia jusqu’à la mort, et la mort de la croix ; par la croix et la mort, il consacra la pauvreté dans l’humilité, accomplissant l’obéissance du Père, afin que nous sanctifiions et revêtions par l’affection l’obéissance, par la pauvreté l’intelligence, par l’humilité la mémoire. Car celui qui porte et revêt cet habit jusqu’à la fin sera sauvé.

Le bienheureux François, instruit par le Christ, voulut que son habit extérieur fût cruciforme à la lettre. Il enseigna ainsi la mesure de son habit, largeur, longueur, qualité, pour la simplicité et la couleur, et le confirma par parole et exemple, avec pour témoins frère Léon, frère Bernard, Gilles et Massée et d’autres compagnons, qui affirmaient avoir reçu la forme de l’habit de lui et en témoignaient par leurs actions. Pour la matière, il enseigna qu’elle devait être d’un tissu pauvre et de couleur cendrée ou pâle, représentant la mortification du corps du Christ ; et d’une telle épaisseur qu’une seule tunique suffisait à un frère sain, à l’intérieur et à l’extérieur. La longueur de la ceinture devait être telle que le bas ne touchât pas le sol. La longueur des manches jusqu’au bout des doigts, de manière à couvrir les mains sans les dépasser. Leur largeur suffisait pour que les mains entrent et sortent librement. La capuche carrée et longue devait couvrir le visage, représentant la forme de la croix, prêchant par sa pauvreté le mépris de toute gloire et parure mondaine, montrant le frère mineur crucifié et mort au monde, couverture de nudité et nécessité, signe d’amour de la pauvreté et de l’humilité, et véritable indication du port de la croix du Christ.

La duplication des blessures en François, l’annonce de la mort dans la ville, le retard de l’inhumation, la réputation du mort et du vivant, sa translation, le témoignage mystique de sa parole, l’habit séculier, le voile des pleureurs, la chute du côté du Christ crucifié par Benoît et la remise à sa station constante, le dépôt des vêtements lugubres et sales, la reprise de l’habit de clarté et de pureté, et l’ouverture des signes célestes, dévoilent aux hommes et au monde des choses cachées, visibles seulement à quelques-uns, non au monde.

Après la combustion de Laurence la pécheresse et la vengeance à envoyer par trois anges du ciel sur les coupables, et le monde consumé ne voyant pas, les choses cachées commenceront à être prédicables et révélées aux voyants.

Enfin, des travaux de révolution attribués à vingt-huit années, de la sixième roue du cercle de l’animal pauvre voyageur jugé réprouvé, ajoutant neuf à sa septième rotation, au lever d’une autre aube, avec une sainte transformation pour le mieux, il sera clair. Le Christ, roi des rois et seigneur des seigneurs, est capable de renouveler et d’élever vers le ciel et les biens véritables l’affection et le cœur de ses saints, d’accomplir les promesses, et, par sa vue sainte et toute-puissante, d’inspirer à Pierre, son disciple bien-aimé, la vie, de relâcher la culpabilité, de fortifier l’espérance, d’ouvrir les arcanes, de révéler les mystères, et de faire courir et voler vers les choses divines. Qu’avons-nous vu de grand accompli sous la loi en comparaison de ce que le Christ accomplit en s’humanisant ? Ainsi, jusqu’à présent, peu de promesses faites à saint François ont été accomplies en ce qui concerne ce que le Christ devait par son Esprit en lui à la fin des jours. Comme pour mille livres, une once n’est encore apparue de ce qui apparaîtra dans l’état évangélique, initié par le père des pauvres et marqué par François.

Ce qui a été initié par le Christ Jésus, par lui et en lui, ne sera accompli ni par le sens humain ni par la sagesse ou puissance humaine, mais directement par Dieu et par le Christ homme, avec une telle plénitude de communication de ses dons et de sa grâce, que le Christ lui-même descendu dans ses effets spirituels soit reconnu de tous. Alors tous rougiront qui, le méprisant, ont suivi leur prudence et adoré les idoles de la sagesse du monde et élevé les autels vains des études.

Le Christ manifestera ses sagesse incertaine et cachée, et ils recevront les paroles des arcanes de sa bouche, contempleront la profondeur des mystères, et seront rassasiés des fruits de la charité. De sa main forte, ils saisiront le butin, et par la mort et le sang obtiendront la victoire sur le dragon. Ils pénétreront ses entrailles, briseront ses viscères et ses têtes. À la fin de la nuit, ils fuiront les ténèbres, et au milieu du jour, ils établiront les tabernacles de charité. Satan ne prévaudra pas contre eux, mais sera écrasé sous leurs pieds. Et le Seigneur sera pour eux Dieu, et le Christ Jésus et son Esprit pour maître pour les siècles des siècles. Amen.

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