Deuxième tribulation
Contre cet homme de Dieu, saint et brûlant de l’amour de la perfection, ainsi que contre les très chers frères et fils de saint François, l’ennemi de tout bien entreprit et suscita une seconde persécution.
Car lorsque cet ange marqué, François, prophète fidèle en l’esprit et la vertu d’Élie, envoyé aux pauvres et aux humbles, eut quitté ce siècle, et qu’une grande partie des frères fervents en esprit l’eut déjà précédé vers le Christ, la multitude des ministres et des custodes s’accorda unanimement en frère Élie, à cause de la science remarquable et de la prudence singulière qu’ils voyaient en lui, et tous ensemble, après le passage du saint, voulurent l’avoir pour recteur et gouverneur.
Celui-ci, acceptant l’office général par l’élection concorde de tous les frères, et se croyant libre, à tort, de l’excès d’un zèle indiscret et de l’impétuosité de l’esprit qu’il jugeait, selon un sens humain et la prudence charnelle, avoir existé chez le fondateur, entreprit audacieusement de faire et d’enseigner des choses discordantes et opposées à celles que le saint avait aimées, faites et enseignées. Il eut aussi de très nombreux imitateurs et partisans, ainsi que des instigateurs invisibles, rusés et nombreux, dont il ne se contentait pas de négliger de repousser et de prévenir les embûches et les suggestions, mais qu’il accueillait spontanément et accomplissait avec joie.
Et cela n’est pas étonnant, car, selon la sentence de ce grand docteur Grégoire de Nazianze : « La conduite perverse d’un supérieur est une peste et porte ce nom », rien n’étant plus efficace pour infecter et corrompre les subordonnés ; et son mal sera d’autant plus grand que son autorité aura été plus étendue. Car plus grande est la malignité qui s’étend à beaucoup que celle qui ne concerne qu’un seul. En effet, le tissu ne reçoit pas aussi légèrement la couleur du teinturier qu’il ne prend la teinte contraire, ni le vase l’odeur bonne autant que la puanteur qui s’en approche. Il est bien plus facile de se laisser corrompre par le contraire que d’exercer la vertu. Voilà ce qui trompe surtout la bonté : la malignité. Et ce que je supporte le plus difficilement, c’est de considérer combien l’animalité est prompte et facile à s’enflammer pour le mal, et combien il est léger de faire le mal, même sans que personne ne nous y pousse. Rare est en effet la possession du bien, et peu nombreux sont ceux qui s’en approchent, bien que beaucoup de choses attirent et appellent vers lui. Le bien est difficile à saisir pour la nature humaine, comme le feu dans une matière aqueuse et humide. Mais nombreux sont ceux qui sont prêts et disposés à recevoir le mal, comme la paille qui, à la moindre étincelle et au vent, s’enflamme et se consume facilement. On adopte plus rapidement une petite malice, et en abondance, qu’on n’acquiert peu à peu une vertu profonde ; de même qu’un peu d’amertume mêlée au miel lui communique plus vite son amertume que le miel doublé ne lui conserve sa douceur. Et une brèche ouverte, si petite soit-elle, engloutit tout le fleuve en aval ; mais la refermer ou la contenir pourra à peine se faire, même avec le soutien le plus puissant.
Ainsi frère Élie livra à l’oubli, et estima comme choses à mépriser et à fouler aux pieds, bien des choses qu’il avait vues et entendues de l’homme de Dieu François. Séduit par les discours et l’erreur des flatteurs et de ceux qui lui étaient attachés, et enflé par la considération et la faveur de l’empereur, du souverain pontife et des autres prélats — lesquels estimaient qu’il dépassait singulièrement tous les autres par sa science, sa prudence naturelle et l’honnêteté apparente de ses mœurs — il commença à proposer à tous les frères les desseins de son cœur comme étant certains et utiles pour le salut, et propres à rendre les choses possibles et mesurées.
Plusieurs compagnons du bienheureux François vivaient encore alors, parmi lesquels le frère Bernard susdit, et le frère Césaire, homme d’une science éclatante et d’une sainteté et d’une vie remarquables, le frère Ricier, le frère Simon de Comitissa, d’illustre naissance et d’une sainteté insigne, le frère Ange et Massée, et beaucoup d’autres, dont j’en ai vu quelques-uns et entendu de leur propre bouche ce que je raconte ; ceux-ci s’efforçaient de garder fidèlement et purement, de tout leur cœur, les révélations faites à leur père et guide, ainsi que les promesses déjà confirmées par l’autorité de l’Église. Ils ne pouvaient garder le silence au sujet de ses œuvres et de ses décisions, déviantes et discordantes des commandements et des traditions du fondateur. Ils s’affligeaient donc de l’offense faite à Dieu et du dommage causé aux âmes, et, s’attachant cordialement aux commandements et aux exemples de leur père par des paroles humbles et des œuvres pieuses, ils montraient que suivre les relâchements et les impuretés introduits constituait un danger non négligeable.
Le frère Élie, troublé avec ses partisans, dissimule pour un temps l’impatience et la colère qu’il a conçues en son esprit, et, contre ceux qui marchent simplement, il imagine astucieusement et mensongèrement de les diffamer et de les obscurcir par des calomnies et des plaintes auprès du souverain pontife, avant de les poursuivre et de les opprimer. Et, afin de paraître excusable aux yeux de ceux qui souffrent et sont troublés par l’oppression des saints frères, il montre en apparence qu’il agit et persécute ainsi justement, par mandat du pasteur et pour l’utilité de ceux qui supportent ces choses.
Enfin, saisissant l’occasion, il s’approcha du vicaire du Christ, alors pape Grégoire, et, selon l’usage de tels hommes, il exposa devant lui une plainte feinte et embellie, présentant l’apparence d’une grande sainteté, de discernement et d’honnêteté, et d’une utilité nécessaire pour toute la religion, disant : « Père très saint, dans toute multitude, surtout parmi les simples, il se fait fréquemment, par indiscrétion, plusieurs choses sous apparence de bien et de ferveur spirituelle, lesquelles, si elles ne sont pas corrigées au temps opportun, une fois enracinées avec le temps, bien qu’elles paraissent légères, enfantent de grands maux. Il y a en effet parmi nous certains frères qui, en raison de la société qu’ils ont eue avec saint François, sont tenus en grande vénération de sainteté par le peuple et le clergé. Ceux-ci, se gouvernant selon leur propre jugement, méprisant le frein de la sainte obéissance, courent çà et là comme sans tête, parlent et enseignent des choses qui finiront par tourner au scandale de toute la religion, si, par votre paternité, un remède n’est pas apporté au mal déjà commencé. Car, pressé par ma conscience, j’ai exposé ces choses devant votre paternité, que j’aurais préféré taire, si je ne craignais qu’un grave scandale ne fût semé par eux, ou s’ils avaient pu, par moi, être ramenés et contenus par des exhortations et corrections charitables et pieuses. »
Alors le souverain pontife, qui tenait le frère Élie en grande estime, croyant fermement vraies les choses qu’il proposait, mû par un sentiment de charité sincère et par le zèle d’un esprit ardent, par lequel il était tout entier porté à conserver et promouvoir le bon état de la religion, dit au frère Élie : « Va et, selon l’esprit et la prudence qui t’ont été donnés, corrige ces frères qui, sous apparence d’esprit, ayant mis de côté la discipline de la règle et rejeté le frein de la sainte obéissance, errent çà et là, de telle sorte qu’aucun scandale ne puisse naître dans la religion à cause d’eux ou par eux, ni qu’aucune contagion ou dissension ne soit donnée, par leur exemple, aux plus simples et à ceux qui obéissent fidèlement. Car souvent les maux que l’on estime très petits, s’ils sont négligés, deviennent, avec le temps, accrus et fortifiés, incorrigibles. »
En effet, le pape Grégoire, de sainte mémoire, avait une très grande confiance dans le frère Élie, à cause de la grande honnêteté de mœurs qu’il voyait en lui et de la prudence et de la science singulières par lesquelles on pensait qu’il surpassait presque tous les religieux de ce temps. Or le souverain pontife ignorait comment le frère Élie s’était montré contraire à saint François, qu’il recherchait des curiosités et s’y appliquait, qu’il instruisait secrètement beaucoup de personnes, qu’il favorisait et semait des choses opposées et discordantes de la perfection régulière, qu’il était l’acteur et l’auteur des relâchements et des impuretés, qu’il s’efforçait d’éteindre l’esprit et d’ensevelir l’intention du fondateur, et qu’avec ses partisans il s’efforçait d’introduire de nouvelles opinions et de transmettre des choses humaines comme divines.
Et parce qu’il fut sciemment le premier inventeur de cette séduction envers le souverain pontife, et qu’il se fia davantage à son propre jugement et à sa prudence qu’à la sainteté et au bon plaisir et au commandement de Dieu, qu’il avait entendus et reçus de son supérieur François envoyé du ciel tant pour lui que pour les autres, il imita l’aveuglement de son propre sens et, enchaîné et pris au piège de sa complaisance, devenu prince d’une persécution néronienne contre les saints, il finit par se frapper lui-même du glaive dont il avait frappé ses saints frères, et se tua avec ceux qui lui étaient attachés.
En effet, excommunié par le susdit saint pontife Grégoire en raison du soutien qu’il semblait apporter à l’empereur, il mourut dans cet état par la faute ou la négligence de son successeur, frère Albert. Celui-ci négligea de présenter au pape, comme il l’avait promis, les lettres d’excuse et de satisfaction du même frère Élie qui lui avaient été confiées pour être transmises. Peu de jours après, le successeur du frère Élie, à savoir frère Albert de Pise, mourut à son tour, et l’on trouva dans la bourse qu’il portait à sa tunique les lettres de satisfaction destinées au pape. Ainsi, de même qu’il avait caché au souverain pontife la vérité sur la conduite des saints frères et lui avait persuadé un mensonge, de même ses propres lettres justificatives, déclarant son intention et son obéissance, de quelque manière qu’elles aient été retenues, ne parvinrent pas au souverain pontife ; et il mourut désobéissant à l’Église et séparé de la religion avec ses compagnons. Mais revenons aux actes qu’il commit contre le premier frère de saint François et les autres hommes spirituels.
Affermi par l’autorité d’un si grand pontife, lui qui, selon son bon plaisir et sa volonté, s’était fait de la règle une norme de droiture et de vertu, et, mû par elle, avait transformé la sainteté en folie et la vérité en mensonge devant le souverain pontife, il fit de l’audace et de la témérité une grandeur d’âme et une confiance, et de l’impiété et de la crédulité une justice et une rigueur d’équité. Et comme un lion — mais non de la tribu de Juda — il s’éleva contre les agneaux, revenu à la bergerie : il choisit certains frères entièrement conformes à sa volonté et exhala menaces et massacres contre les humbles disciples du fondateur.
Il ordonna aux frères qu’il avait choisis, pour exécuter son commandement au nom du souverain pontife, en vertu de la sainte obéissance, d’épargner personne, mais de faire garder enchaînés ceux qu’ils auraient capturés et châtiés par des disciplines, ou de les présenter devant lui privés de leur habit. Ceux-ci, accomplissant spontanément les ordres, ajoutaient encore aux prescriptions, cherchant à plaire à leur supérieur. Satisfaisant leur envie et la colère gratuite conçue contre eux en raison de leur sainte conduite et de leur vie, ils traitaient impieusement ceux qu’ils haïssaient et les affligeaient cruellement. Car la colère des insensés est sauvage et diabolique : tout ce qui s’oppose à leur désir et à leur volonté, ils s’efforcent avec impétuosité de l’exterminer et de le détruire. Et vraiment, donner autorité à de tels hommes, ou leur confier l’exécution de quelque justice que ce soit, c’est favoriser les inventions de Satan et pervertir la droiture de la justice en foulant aux pieds les limites de l’équité.
Ils s’emparent des innocents, les lient, les fouettent, les privent de leur habit et les présentent enchaînés, comme des malfaiteurs et des voleurs, devant un père furieux, un juge plein de haine et un subvertisseur de la cause des pauvres et des humbles. Ceux qu’on lui présente, il les exaspère par des injures, les accable de reproches, les couvre de malédictions, et les fait traiter avec une telle cruauté et une telle dureté qu’il paraît plutôt un tyran et un juge de criminels qu’un ministre des humbles serviteurs du Christ ou un père des pauvres.
Il ordonna que frère Césaire, homme innocent, en tout sage et saint, chargé de chaînes de fer, fût jeté en prison. Et il confia sa garde à un frère laïc, cruel de mœurs et de nature, qui haïssait cordialement frère Césaire et ses compagnons, lui enjoignant de veiller attentivement à ce qu’il ne s’échappât pas et d’observer avec soin que personne ne pût s’approcher pour lui parler.
L’hiver étant venu, et la porte de la prison étant restée ouverte, frère Césaire sortit et marchait à l’extérieur. Lorsque ce frère laïc, son gardien, le vit marcher hors de la prison, pensant qu’il voulait s’enfuir, il entra en fureur et, saisissant un bâton, le frappa si violemment et si cruellement que, peu après, le saint homme mourut de la blessure reçue, priant et disant : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font », rendant grâces et recommandant son esprit au Christ ; il mourut au milieu des paroles de sa prière. Premier immolé par un meurtre fraternel pour le zèle de l’observance régulière, tel le protomartyr Étienne, priant pour ses persécuteurs et rendant témoignage à la vérité, il versa son sang. Et, comme l’a confirmé une révélation digne de foi, il obtint, avec la couronne du martyre, le royaume des cieux.
À la même heure où l’âme de ce dernier quitta son corps, le saint pape Grégoire, ayant été transporté hors de lui-même par l’extase, vit une âme, avec une grande gloire et la couronne du martyre, portée au ciel par les anges. Étonné par cette vision, il se tourna vers l’ange qui lui montrait la vision et demanda : « Qui est celui qui, avec une si grande gloire et la couronne du martyre, s’élève au ciel ? » L’ange lui répondit : « C’est l’âme de l’homme innocent, le frère Césaire d’Allemagne, pour laquelle toi, le jour de ta mort, devras rendre compte devant Dieu, car à cause de ton autorité, il a été tué par ses frères, après avoir subi les liens, la prison et de nombreuses afflictions, qu’il a patiemment endurées pour l’observance fidèle et pure de sa règle. Et c’est pourquoi, avec la palme du martyre, il entre au ciel serein et joyeux. »
Pour cette raison, le souverain pontife, rempli à la fois d’admiration et troublé par la crainte, demeura stupéfait et, recherchant diligemment la vérité des faits, découvrit que, à la même heure où il avait eu cette vision, le frère Césaire avait quitté cette vie pour rejoindre le Christ. Comprenant qu’il avait été trompé par le frère Élie et ses compagnons, il pria avec discernement pour l’avenir afin de se préserver de leurs ruses, et il se détourna autant que possible de leur compagnie familière et de la confiance excessive qu’il avait placée en eux.
Ayant convoqué auprès de lui les frères qui étaient alors présents, il leur révéla ce qu’il avait vu et s’adressa à eux avec tristesse du cœur et indignation de l’esprit, disant : « Pourquoi, si rapidement, ceux qui déclinent spontanément de l’innocence et de la droiture, sans charité les uns envers les autres, se dressent-ils et se mordent-ils mutuellement, se nuisant et se consumant les uns les autres ? Et de même que vous ne vous souciez pas du danger de vos âmes, vous adhérant obstinément à vos volontés, vous n’avez pas craint de faire peser sur vos têtes le jugement du sang d’un homme innocent et de détourner injustement notre bienveillance et notre autorité contre un homme saint. Hélas, comme vous vous écartez rapidement de la perfection que votre père vous a transmise, et de la piété, de l’humilité et de la charité que vous avez vues en lui ! Prenez garde à vous-mêmes et suivez fidèlement la perfection de votre vocation, aimez-la sincèrement et mettez-la en œuvre avec vigilance et persévérance, sans la mépriser ni la négliger par ingratitude ; car plus votre vocation est parfaite et sainte, plus votre chute et votre ruine seront graves, et le jugement plus sévère, maintenant et dans l’avenir. » Mais pour le moment, il suffit de se souvenir du frère Césaire.
Quant au frère Bernard, que saint François avait béni de manière si particulière avant de mourir et recommandé à tous les frères et au ministre général pour l’avenir après sa mort, il reste à évoquer brièvement ses autres compagnons.
Ainsi, le frère Césaire, reconnu pour sa vertu et sa science et retenu dans une prison plus célèbre que les autres, soumis à des lois et disciplines plus rigoureuses — pour effrayer tous ceux qui étaient dirigés par l’exemple de sa vie et éclairés par ses paroles — se tourna vers l’affliction et la punition des autres. Quand cela parvint aux oreilles du saint frère Bernard, qui avait une expérience certaine et longue de la persévérance et de l’obstination d’esprit du frère Élie, il décida de céder à sa fureur pour le mieux et de laisser place à l’esprit déraisonnable.
S’étant éloigné de l’endroit où il se trouvait, il se retira dans les montagnes désertes et, ayant construit une petite cabane pauvre sur le flanc du mont Sephri, il y vécut entièrement consacré à la contemplation. Lorsqu’un certain artisan du bois, qui fréquentait la montagne pour y chercher le matériau nécessaire à son art, le rencontra et lui demanda qui il était et pour quelle raison il se cachait en un lieu si rude, ayant entendu ses intentions et la volonté de son dessein, il fut guidé pendant deux ans, restant inconnu des autres hommes, vivant selon l’évangile et en pleine conscience de l’esprit du fondateur, jusqu’à ce que le frère Elias, à cause de son adhésion et de sa fidélité à l’empereur Frédéric, fût déposé de ses fonctions par le pape Grégoire et excommunié.
Quant au frère Simon de Comté, réprimandé pour des paroles d’insultes, de menaces et de violences, il n’eut pas peur des parents mais, soumis à certaines lois et statuts, fut cloîtré dans un lieu retiré, éloigné des hommes.
Les douze autres frères, principaux compagnons de frère Césaire et de Bernard, dépouillés de leurs habits, corrigés par des disciplines et des flagellations, ainsi que tous ceux qui partageaient leurs sentiments, furent dispersés et séparés les uns des autres, soumis à diverses pénitences et sévères châtiments.
Saint Antoine, dont les reliques se trouvent à Padoue, ne fut cependant pas exempt de cette tribulation. En effet, lorsqu’il était venu de Sicile visiter les reliques de saint François à Assise, il fut capturé et dépouillé par les serviteurs du frère Hélie, et flagellé jusqu’au sang. Il supporta ces coups, flagellations et insultes pour l’hospitalité avec patience, rendant louanges à Dieu et bénédictions aux flagellants, disant : « Béni soit Dieu, le Seigneur vous pardonne, frères ! » Car, entraînés par la fureur de leur folie, ils déchaînaient si violemment leur cruauté que, sans enquête ni certitude de vérité, ils dépouillaient, liaient et maltraitaient le frère pèlerin, inconnu et d’une nation et langue étrangères, le couvraient d’insultes et de reproches.
Celui qui fut le moteur de cette tribulation – qui n’était pas fidèle à la vérité, menteur dans ses actions et paroles, outrageant et irrespectueux envers le père, séducteur du vicaire du Christ et persécuteur de ses frères – aura son jugement et sa fin comme exemple de mémoire, d’enseignement et de science pour celui qui, avec crainte et désir d’humilité, et avec haine de l’orgueil et de la complaisance de ses propres sens, souhaite comprendre et s’affermir dans l’observance pure de la règle promise, avec un respect sincère et complet du fondateur. En effet, parce qu’il refusa d’accepter et d’imiter la puissance et la sagesse de Dieu à cause de son orgueil et de sa confiance en ses propres sens, il fut livré à un jugement réprouvé, sema en lui et dans la religion les graines de l’infidélité, de la désobéissance, de l’irrévérence, de l’impiété et de l’impatience, et en propaga les effets aux générations futures.
Cette seconde épreuve ou tribulation dura jusqu’à l’élection du frère Jean Parent comme ministre général, qui s’accorda en toutes choses par ses œuvres, paroles et dispositions avec saint François. Bien que le pape Grégoire eût déposé et excommunié le frère Hélie, cette tribulation ne cessa pas entièrement, car ceux qui étaient en charge – ministres et gardiens – partageaient les opinions du frère Hélie, et le procès du pontife suprême ne changea pas leur sentiment : ils continuaient d’aimer le frère Hélie comme auparavant. Et ils n’épargnèrent pas à ses imitateurs de pauvreté et d’humilité, que saint François avait observée et enseignée et prescrite dans la règle, le testament et d’autres écrits, des afflictions ingénieuses et astucieuses, ni de les couvrir de calomnies et de diffamations, jusqu’à l’avènement et l’élection du ministre général susmentionné, en toutes choses agréables à Dieu et très conformes à la religion fondée par François.
Cette tribulation fut suscitée par la jalousie de celui qui descend du ciel [??] ; et ceux qui la subirent – compagnons du fondateur, frères Egide et Ange et les autres survivants – me la racontaient, souhaitant imprimer par leurs paroles dans le cœur des auditeurs que rien n’est autant abominé et haï par le prince des enfers que cette vie pauvre, nue, humble, pieuse et pacifique du Christ, que le Père des miséricordes et des lumières a renouvelée par François dans l’Église aux fins des temps, pour fournir une connaissance et un enseignement opportuns et nécessaires au salut, contre la cupidité, la vanité et l’orgueil, à la fin des jours, par l’exterminateur de tous les biens dans l’Église.
Cette seconde tribulation fut en effet suscitée par un homme très présomptueux sur sa propre suffisance et très confiant en sa prudence, aspirant à ce qui était au-dessus de lui, négligeant le passé, jugeant sans discernement et humainement les choses anciennes, opposé à la pauvreté évangélique – c’est-à-dire marchant dans des voies vaines et grandes, contraires à l’humilité, à la charité du Christ et à la vérité – préférant et exaltant sa personne au-dessus du frère humble et pauvre François, conduisant à sa ruine et à celle de ses partisans, à ce moment et toujours jusqu’à la fin.
La multitude du quorum, mal semée au début, a germé et s’est levée comme contre les enfants de Seth la génération des fils de Lamech ; et les Ismaélites et les Môabites et les fils d’Ésaü contre les enfants d’Isaac et de Jacob ; et les Égyptiens et les Amalécites contre les fils d’Israël ; et comme les fils d’Israël contre Moïse et les prophètes. Et comme les scribes et les pharisiens, prêtres et chefs des Juifs se sont unis contre le Seigneur et contre son Christ ; car ce n’est pas d’abord ce qui est spirituel, mais ce qui est animal ; et ce qui est vraiment spirituel n’est pas de ce monde, mais du royaume des cieux. Et nous tous, sous la similitude et la tyrannie du règne animal, passons, c’est pourquoi nous devons nous étendre et retourner vers les choses antérieures et intérieures réellement, totalement et toujours, par charité pour la vérité, avec toute vérité, humilité et intégrité de foi. Car ce n’est pas celui qui me dit « Seigneur, Seigneur » qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux ; ni celui qui enseigne seulement, mais celui qui enseigne et fait ; ni celui qui est manifestement Juif, ni celui qui est manifestement circoncis dans la chair, mais celui qui est Juif dans le secret, et circoncis dans le cœur, non selon la lettre mais selon l’esprit, dont la louange ne vient pas des hommes mais de Dieu.
Car ce n’est rien d’autre qu’augmenter la damnation que de revêtir l’apparence d’humilité et d’attaquer l’humilité, de professser la pauvreté et les pauvres et de haïr la pauvreté et son usage. Prêcher et recommander la chasteté, la charité et la paix par les paroles, les mœurs, les actes et les sentiments, mais poursuivre et conserver inimitiés, haines et impuretés. Tu as haï tous ceux qui font l’iniquité et tu perdras tous ceux qui parlent le mensonge. Quand il dit que tous ne seront dépouillés de personne. Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Car si celui qui ne fait pas de bon fruit est jeté au feu sans aucune miséricorde, quelle condition ou apparence d’homme l’exclura, qui fait le mal et néglige le bien, quand cela apparaîtra ?
Mais maintenant nous construisons tous ensemble un large chemin pour nous-mêmes, et nous suivons Élie et l’esprit mondain dans Élie, plutôt que l’esprit du Christ dans François ; et nous voulons avoir le nom de chrétien d’humilité contre la vérité, non mondain ; et nous aimons être appelés fils de François et non d’Élie avec des œuvres contraires, mais jusqu’à aujourd’hui cela est vrai et se vérifiera et sera dit : « Sur la montagne le Seigneur verra ». Car le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; et que s’éloigne de l’iniquité quiconque invoque le nom du Seigneur. Car celui qui fait le bien vient de Dieu, celui qui fait le mal ne connaît pas Dieu ; et les méfaits ne peuvent être cachés à la fin, car la vérité contient tout de manière inaltérable, visible et indélébile, et avec la vérité apparaissant en Christ, tout sera nu. Et bienheureux celui qui, à cause des hommes, ne laisse pas de suivre le Christ, et croit de cœur en sa foi, sa pauvreté et son humilité, et ne rougit pas de le confesser par la bouche et par les œuvres, car le Christ le confessera devant son Père et ses anges.
À Saint François succéda Élie, Élie Albert, qui vécut peu de temps. À Albert succéda Jean Parens, Romain, qui se glorifiait vraiment dans la confession de pauvreté et d’humilité, et aspirait tout entier à suivre les traces de son père, et par paroles et œuvres entraînait tous vers la pure observance de la règle. Et à l’époque de celui-ci, tous les sages charnels se turent. Lui succéda le frère Aymon l’Anglais, homme lettré, saint, prudent et humble, qui fit autant que possible beaucoup de bonnes choses dans l’ordre. À sa mort, le frère Crescentius de la Marche d’Ancône devint général, sous lequel la troisième persécution eut commencement et fin.
